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	<title>Olo&#233;s du monde entier</title>
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		<title>Olo&#233;s du monde entier</title>
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		<title>Lettre de Narita, 3.</title>
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		<dc:date>2015-10-31T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;oise Durif</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;C'&#233;tait son premier vol trans-pacifique en place gauche.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://relire.net/oloe/Japon" rel="directory"&gt;Japon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/logo/arton84.jpg?1422885295' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est assis. Face au bureau de sa chambre d'h&#244;tel et dans la poubelle &#224; c&#244;t&#233; de lui, s'empilent d&#233;j&#224; plusieurs brouillons du rapport qu'il doit r&#233;diger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait son premier vol trans-pacifique en place gauche et tout s'&#233;tait pass&#233; normalement jusqu'&#224; 100 nautiques de Tokyo et la mise en descente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avale plusieurs fois sa salive. Amertume de sa bouche. Ses mains, ses yeux sont secs apr&#232;s la nuit en vol. L&#233;ger mal de t&#234;te. La fatigue &#224; en mourir, &#224; tomber et, en m&#234;me temps, la pouss&#233;e d'adr&#233;naline, comme un caf&#233; trop fort, qui permet de tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui faisait l'&#233;tape ? Qui a pos&#233; l'avion ? Lui, sans doute. Mais il ne s'en souvient pas. Il doit faire un effort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis au bureau de la chambre d'h&#244;tel. Devant la feuille blanche du rapport &#224; &#233;crire. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'instant, au moment du vol, pendant les recherches, les &#233;changes radio, les calculs, il ne savait rien. Il ne voyait rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses yeux aujourd'hui, agrandis par le spectacle de ce qu'il a survol&#233;, sans rien soup&#231;onner. Seulement qu'un tremblement de terre avait eu lieu. Sa compagnie l'avait contact&#233; par l'interm&#233;diaire de Data-Link, et dans le cockpit, les deux copilotes et lui avaient per&#231;u l'anxi&#233;t&#233; dans les &#233;changes radio avec le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop occup&#233;s &#224; surveiller la jauge. Et tous les terrains satur&#233;s &#224; mesure des d&#233;routements, qui refusaient les atterrissages, qui les repoussaient plus loin. Loin de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, une fois pos&#233;s, juste avant le &#171; low fuel &#187;, avant les heures de stand-by dans l'avion. L'agitation autour d'eux sur la piste, le d&#233;sordre &#224; l'int&#233;rieur de la cabine, apr&#232;s les dix heures de vol. Les passagers abattus, affol&#233;s par ce qui s'inscrivait sur leurs t&#233;l&#233;phones portables, agressifs qu'il avait fallu rassurer, faire asseoir, patienter avant que l'a&#233;roport surcharg&#233; et d&#233;pass&#233;, leur fournisse une passerelle pour le d&#233;barquement. Les parlementaires avec l'&#233;quipage, l'organisation des temps de repos de chacun. L'eau rationn&#233;e, les toilettes qui d&#233;bordaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les h&#244;tesses distribuaient ce qu'il restait de biscuits, de bouteilles d'eau. Certains passagers retiraient leurs chaussures, tentaient de miner la d&#233;tente, la patience. Les femmes, leurs cheveux &#233;bouriff&#233;s, le maquillage pl&#226;trait les visages, les h&#244;tesses avaient remis du rouge &#224; leurs l&#232;vres, de longues goul&#233;es de parfums se m&#233;langeaient aux odeurs de sueurs, de corps las.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-il eu froid ou faim ou soif ? Il ne sait plus. Se souvient juste de son petit orteil gauche comprim&#233; dans la chaussure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PNC trop occup&#233; avec les passagers n'avait pas le temps de venir &#224; eux. Les postes t&#233;l&#233;phoniques sonnaient parfois de longues secondes avant que quelqu'un ne d&#233;croche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'odeur de la cabine quand, apr&#232;s les 9 heures d'attente, les passagers puis l'&#233;quipage avaient enfin pu quitter l'appareil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concentration, il a pens&#233; wagons, d&#233;portations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au dehors, l'air lui a sembl&#233; tout propre. Il s'est souvenu qu'il devait tondre la pelouse &#224; son retour. Dans une autre vie, peut-&#234;tre. Il fallait appeler sa famille. Les rassurer. Tenter de le faire apr&#232;s ce qu'ils avaient v&#233;cu en direct, des centaines de fois d&#233;j&#224;, &#224; la TV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'arriv&#233;e &#224; l'h&#244;tel, le personnel &#233;tait en train d'attacher les grands lustres du hall. Dans sa chambre, il a bu un grand verre d'eau. La TV diffusait des reportages, on montrait des voitures roulant sur un pont, et, mis &#224; part les paquets d'eau qui s'abattaient sur la chauss&#233;e, il ne semblait rien voir de particulier. Ce n'est qu'&#224; la troisi&#232;me reprise du petit film, pass&#233; en boucle pendant un instant, qu'il s'est rendu compte des lampadaires qui tanguaient, oscillaient &#224; la vitesse de pendules, au-dessus de la voie et du trafic quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, sur des sites Internet, il verra des images, des lieux, des routes d&#233;gag&#233;es au bulldozer et des personnes fouillant dans les monceaux de d&#233;bris, retrouvant &#8212; pour les exposer, afin que des rescap&#233;s les identifient &#8212; des objets intacts parmi les maisons en poussi&#232;re, les bateaux sur les toits des habitations fractur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, c'&#233;tait de mots dont il avait besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il a faim, vite. Mais de quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ses yeux, il y avait la jupe bleue d'une h&#244;tesse en larmes, les ailes des journaux froiss&#233;s partout dans les all&#233;es, un livre tomb&#233; ouvert entre deux si&#232;ges, une chaussure &#224; talon us&#233;e, &#233;largie. Ces flashes de l'instant o&#249; il a quitt&#233; l'avion, de ce moment o&#249; il s'est senti comme &#224; la lib&#233;ration d'une prise d'otage &#8211; bien qu'il n'ait jamais v&#233;cu une telle situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa barbe avait commenc&#233; de pousser, la peau &#233;chauff&#233;e autour du col, lui faisait mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, dans le chaos de cette fin de monde, il avait tout de m&#234;me per&#231;u l'extr&#234;me politesse des silhouettes aux torses courb&#233;s, devant lui, derri&#232;re lui, les regards au sol, les sourires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui avaient vu la vague ne s'assi&#233;raient jamais plus le dos &#224; la mer...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;15 Mars 2011&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Signes</title>
		<link>http://relire.net/oloe/Signes</link>
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		<dc:date>2014-05-16T05:42:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;oise Durif</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Calligraphie en ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://relire.net/oloe/Chine" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/logo/arton78.jpg?1400181365' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le style r&#233;gulier repr&#233;sente la station debout, point de d&#233;part car &#171; pour courir, il faut savoir marcher et, pour marcher, savoir se tenir debout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternance de pression l&#233;g&#232;re &#8211; qing &#8211; de pression forte &#8211; zhong &#8211; donne toute sa force au style, dans lequel le l&#233;ger n'est pas superficiel, mais plut&#244;t gracieux, agile et le lourd imprime la volont&#233;, la solidit&#233;, le concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On courbe le trait pour obtenir cet arrondi qui lui &#244;te toute asp&#233;rit&#233;, tout angle vif ; il suffit d'un l&#233;ger mouvement tournant du pinceau au moment de l'attaque, puis il faut conserver une vitesse uniforme sans temps d'arr&#234;t dans les courbes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour amorcer un trait, partir vers le haut et vers la gauche, puis casser le trait en appuyant vers le bas, un l&#233;ger temps d'arr&#234;t, casser &#224; nouveau le trait et partir sur la droite. Pour terminer le trait, appuyer vers le bas et vers la droite, un temps d'arr&#234;t puis casser et terminer en partant vers la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes points fig&#233;s &#8211; si dian - mes traits sans vie &#8211; si hua-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vides dans les diff&#233;rentes composantes du caract&#232;re n'avaient aucune qualit&#233; esth&#233;tique et aucune valeur en tant que communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme a repris le grand pinceau qu'il m'avait tendu, dans ce parc de Beihai &#224; P&#233;kin, &#224; la tomb&#233;e de mon premier jour, o&#249; j'avais voulu &#233;crire Hai &#8211; Amour &#8211; et m'&#233;tais emp&#234;tr&#233;e dans les traits, les points, avec la fatigue du voyage au bout de ce pinceau tremp&#233; d'eau, trop lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a continu&#233; d'&#233;crire YI &#8211; un &#8211;un simple trait, de gauche &#224; droite. Une simple cassure au bout du trait, un temps d'arr&#234;t du pinceau et de tout le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout son corps &#233;tait YI &#8211; un.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_80 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/oloe/IMG/jpg/fdurif_-_signes_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/jpg/fdurif_-_signes_2.jpg?1400181201' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : FD. Calligraphie : Shi Bo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je lis</title>
		<link>http://relire.net/oloe/Je-lis</link>
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		<dc:date>2014-03-25T10:36:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;oise Durif</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Je n'existe que dans ma lecture. / Ici, si tu ne sautes pas, tu n'existes pas.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://relire.net/oloe/France" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/logo/arton73.jpg?1395220325' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est l'&#233;t&#233;. Fin Juillet, d&#233;but Ao&#251;t et je lis. Sur le balcon, au premier &#233;tage de la petite maison o&#249; tu disposes d'une chambre et d'une cuisine. Un robinet d'eau froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lis, assise sur une chaise m&#233;tal et bois qui pince, &#233;gratigne &#224; chaque mouvement le tissu de mon short. Les pieds sur la balustrade, je lis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 7 h 45, heure d'arriv&#233;e du chef de centre qui branche le haut-parleur, jusqu'au coucher du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu pars vers le hangar dont on entend les portes coulisser. Je lis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;D'autres sources miraculeuses sourdent &#224; travers le canton. Elles sont trop nombreuses pour &#234;tre fr&#233;quent&#233;es...&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On voit d&#233;j&#224; le nez de l'avion blanc et rouge. J'&#233;coute la mise en route, la turbine Astazou qui siffle son oooouuuiiiiiinnnngh et tout de suite apr&#232;s d&#233;roule ses rangs de perles m&#233;talliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moustique, le petit chien teigneux de l'instructeur, aboie et s'acharne apr&#232;s les roues du Piper Cub gar&#233; pr&#232;s des pompes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le gel qui gante&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aquarium oc&#233;anique&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Asperg&#233; d'huile je suffoque&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au bain marin&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui s'engouffre dans les narines&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Froide opulence&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'eau de mer&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je n'existe que dans ma lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, si tu ne sautes pas, tu n'existes pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers parachutistes s'en vont en file indienne au point d'embarquement et se laissent tomber dans l'herbe en attendant le Pilatus qui avance maintenant en rebondissant sur les mottes de terre, les cahots secouant sa litanie oouiiiiouiiiiiinnnn.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Quelquefois je trichais, je fourrais le thermos entre les cannelures du radiateur. Mais on ne ment pas aux sorci&#232;res&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je t'attends. Des journ&#233;es enti&#232;res dans les pages et les tubes de cette ann&#233;e-l&#224;. &#171; Pour le plaisir &#187;, &#171; Do you really want to hurt me ? &#171; , &#171; Sara perch&#233; ti amo &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que toi, gar&#231;on d'ascenseur : 700, 1000m pour les automatiques, 1500m des l&#226;chers manuels, 2000, 2500 pour les voltigeurs et les figures &#224; 3000, 3500, 4000. Le plein de k&#233;ros&#232;ne toutes les deux heures et la pose d'une heure &#224; midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; intervalles r&#233;guliers, la voix du chef de centre annonce la liste du prochain stick &#8211; les huit parachutistes qui sauteront ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Elle voulait &#224; tout prix voir le pape, ce &#224; quoi vous vous refusiez&#8230; &lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je me balance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le d&#233;collage, le bruit plus aigu de l'h&#233;lice en petit pas pour la mont&#233;e, disparait parfois, aval&#233; par le mur du hangar, le rideau d'arbres derri&#232;re le parking.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ciel commence &#224; fleurir des corolles blanches des automatiques, lentes m&#233;duses et plus tard, des ailes multicolores et nerveuses des voltigeurs, des groupes de figures, leurs atterrissages de pr&#233;cision sur la cible touch&#233;e de la pointe de leurs pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les autres se &#171; vachent &#187; aux quatre coins du terrain, culbut&#233;s, caboss&#233;s par le contact brutal du retour &#224; la terre. Ramen&#233;s, chahut&#233;s, &#233;tourdis dans la camionnette grise, leur baluchon de linge tordu sur les jambes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;C'est le 15 Juin 1767 que C&#244;me Laverse du Rondeau, mon fr&#232;re, s'assit au milieu de nous pour la derni&#232;re fois. Je m'en souviens comme si c'&#233;tait hier.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En bas, sur le carr&#233; de pelouse pr&#232;s du hangar, &#224; l'ombre des peupliers, les groupes r&#233;p&#232;tent leurs figures, replient leurs ailes. Les hommes, torse nu, les manches de leur combinaison color&#233;e roul&#233;es autour de la taille. Les femmes en cercle dans l'herbe o&#249; jouent leurs enfants. Bavardages. Rires aigus. Cris. Pleurs des petits.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Mais ma femme ? Vous allez peut-&#234;tre rire, colonel, mais nous sommes seulement mari&#233;s depuis deux ans &#224; peine&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re la maison, depuis le snack crasseux de Jo, pousse tous les jours l'odeur des frites &#224; partir d'onze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de l'apr&#232;s-midi, quand un stick est incomplet, j'interromps ma lecture pour courir au bureau m'inscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sangle un parachute &#233;norme &#224; mes &#233;paules et je suis les autres jusqu'au milieu du terrain. &#199;a sent l'herbe foul&#233;e et la terre chaude. Le k&#233;ros&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'habitacle rudimentaire en alu, la turbine a mijot&#233; ses blancs d'&#339;ufs en neige. Odeur sucr&#233;e et, par-dessus, ta l&#233;g&#232;re ond&#233;e d'Eau Sauvage. Je souris &#224; tes lunettes Ray-Ban &#224; monture dor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier s'assoit au fond de la carlingue, les trois autres parachutistes par terre, au milieu, entre la banquette &#224; trois places en face de la porte coulissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'installe &#224; l'avant, le dos &#224; la marche mais &#224; tes cot&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu annonces l'altitude. L'h&#233;lice plein petit pas, pour tout r&#233;duire. Les paras, d&#233;j&#224; accroupis pr&#232;s de la sortie, l&#224; o&#249; s'engouffre &#224; mes pieds l'oxyg&#232;ne fou, aspir&#233;s, filent sous l'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier parti, le manche inclin&#233; &#224; fond sur la droite, l'aile &#224; la verticale pour les garder en visuel, tu enroules l'avion sur la tranche, appuy&#233; sur son h&#233;lice dans mon dos et nous tournons autour d'eux en piqu&#233; jusqu'&#224; cinq cent m&#232;tres. Les pieds par dessus la t&#234;te. Le c&#339;ur, petite balle, bondissant au fond de ma gorge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les citations sont, dans l'ordre de :&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Jakez-H&#233;lias &#8211; &lt;i&gt;Le cheval d'orgueil&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Cocteau &#8211; &lt;i&gt;Le Cap de Bonne-Esp&#233;rance&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Muriel Cerf &#8211; &lt;i&gt;Les rois et les voleurs&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Butor- &lt;i&gt;La modification&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Italo Calvino &#8211; &lt;i&gt;Le baron perch&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dino Buzzati &#8211; &lt;i&gt;L'image de pierre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Pilatus PC6 AH2 ?. 1979, par Philippe Chachuat&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un dernier regard</title>
		<link>http://relire.net/oloe/Un-dernier-regard</link>
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		<dc:date>2014-03-11T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;oise Durif</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;tout au long des 11 heures de vol, de ce temps unique, de retour &#224; soi&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://relire.net/oloe/Zone-internationale" rel="directory"&gt;Zone internationale&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/logo/arton70.jpg?1394300921' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un dernier regard embrasse, une derni&#232;re fois, la formidable machine, &#224; la fois puissante et &#233;l&#233;gante, la porte de nez baillant. La majest&#233; b&#233;quill&#233;e des deux passerelles d'acc&#232;s et des loaders, avec les tracmas roulant les containers au sol, et le crabe accroch&#233; au train avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la passerelle, la porte d'acc&#232;s enjamb&#233;e, c'est le vide, le ventre vide et aveugle du 747-400 Cargo se remplissant peu &#224; peu de la charge &#224; emporter et mes pieds se tordent sur le sol in&#233;gal o&#249; courent les rails et roulettes m&#233;talliques servant &#224; la mise en place du fret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e &#224; la cabine par l'&#233;chelle rudimentaire o&#249; l'on se hisse un par un. Une porte en haut de l'&#233;chelle : &#224; gauche, le poste de pilotage, &#224; droite, deux rang&#233;es de trois si&#232;ges chacune, de part et d'autre de la petite all&#233;e menant aux couchettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je choisis toujours le premier si&#232;ge c&#244;t&#233; droit et m'installe en d&#233;ployant la tablette sur le c&#244;t&#233; : j'&#233;parpille d&#233;j&#224; mon appareil photo, les livres que je lirai en croisi&#232;re, le carnet sur lequel je noterai tout au long des onze heures de vol, les voix, les modifications de la lumi&#232;re, l'&#233;tat du ciel &#8211; &#171; ce faste sans prix ne signifiant rien &#187; de Philippe Forest &#8211; de ce temps unique de retour &#224; soi, de calme berceuse glissant vers l'apesanteur du corps, vers cet &#233;tat de veille bienheureuse, de somnolence r&#234;veuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tire, &#233;tale mes jambes. Les secousses des palettes charg&#233;es dans le corps du cargo trouvant leur but&#233;e, chavirent doucement toute la structure de l'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore quelques all&#233;es et venues du personnel du sol, et c'est le dernier &#171; Au-revoir, bon vol ! &#187; La porte de communication se ferme, on entend une derni&#232;re fois l'&#233;chelle vibrer, la porte d'embarquement se referme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes de conditionnement d'air sont coup&#233;s, puis les essais, la voix masculine enregistr&#233;e, les check-lists &#233;nonc&#233;es par les pilotes, et la mise en route des moteurs, le quatre et le trois puis le deux et le un. Les messages &#233;chang&#233;s avec le sol, la tour de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois atteinte la puissance d&#233;collage, les fans se mettent &#224; couiner. L'avion est l&#226;ch&#233;. In&#233;galit&#233;s du sol, parfois, sur la ligne centrale de la piste. Et c'est le d&#233;collage, l'envol apr&#232;s la formidable ru&#233;e. Tr&#232;s vite, machinerie, trappes s'ouvrant et se refermant sur le train dans son logement, les volets rentrent. L'appareil enfin lisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soubresauts, bourrades, turbulences plus ou moins sauvages de la machine tirant &#224; la mont&#233;e la route d&#233;fonc&#233;e des masses d'air bouscul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute enti&#232;re dans le bruit des moteurs. &#192; ma gauche, &#224; ma droite, d&#233;filent le ciel, les nuages. L'ombre passe en caressant la couverture beige pos&#233;e sur mes jambes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ext&#233;rieur, l'ample d&#233;sordre de la g&#233;ographie appr&#233;hend&#233;e d'un coup, jet&#233;e &#224; plat comme une nappe et, tout de suite confisqu&#233;e sous l'aile &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lacs, cours d'eau au profil d'animaux, long cou des estuaires h&#233;riss&#233;s de piquants liquides mordent la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horizon blanc de nuages rectilignes se d&#233;place tout en haut du hublot, au ras du bleu profond qui n'en finit plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neige, en &#233;toile au sommet des d&#244;mes, le sel au fond des d&#233;serts et des routes comme des cicatrices claires affleurant le cahot des dorsales. Des fleuves se tordent en dessous. Le calme des plaines sans ombre se perd &#224; l'horizon qui n'en finit pas de se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lits secs o&#249; dorment d'invisibles eaux re&#231;oivent la caresse de nuages &#224; dentelure de feuilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, de plus en plus denses, ils montent, jusqu'&#224; former un tapis ouat&#233; qui couvre tout, jusque sous la carlingue. &#201;tendue pleine de raccords, de d&#233;fauts, comme l'envers d'un ouvrage ne laissant &#224; d&#233;couvert que le bleu au-dessus, infini, &#224; peine frang&#233; de rose ou de gris &#224; la jonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, d'un coup, tout c&#232;de, pour rien, juste une vall&#233;e mise &#224; d&#233;couvert o&#249; les ombres s'allongent et c'est, de nouveau, la couverture qui se reforme, se referme, jusqu'au prochain trou, o&#249; l'hiver est nich&#233;, comme oubli&#233; l&#224;, le sol gel&#233; et bleu nuit, les lacs et les cours d'eau de fourrure blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, le soir, les t&#234;tes roses des cumulus qui montent encore, et la g&#233;ographie se fond, tout en bas, dans l'uniforme. Quelques soubresauts, coups d'&#233;paule de pr&#233;sences invisibles bousculent encore l'avion qui rejoint tout un monde de guirlandes jet&#233;es hors du bruit des hommes suintant &#224; travers les hublots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit, minuscules &#233;clats de lumi&#232;re au-dessus et au-dessous. L'avion se coule au milieu de la f&#233;erie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon r&#233;veil, trois heures plus tard, c'est un autre jour d&#233;j&#224; commenc&#233; qu'on a rejoint. Par-dessus les nuages des plateaux entiers se sont affaiss&#233;s sur un autre bleu : pr&#233;sence de la mer d&#233;tect&#233;e en &#8211;dessous, d'une nuance diff&#233;rente comme si la lumi&#232;re, d'avance, se d&#233;courageait d'embrasser cette &#233;tendue trop vaste pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'&#339;uvre recommence sans cesse. Des tourbillons blancs, boutons fi&#233;vreux, se boursouflent d&#233;j&#224;, des ponts, des arches pr&#233;parent les orages &#224; venir et se nourrissent patiemment de la mer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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