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	<title>Olo&#233;s du monde entier</title>
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		<title>enfance coup&#233;e (6/12/12)</title>
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		<dc:date>2014-02-14T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Grossi</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Saint-Germain-des-pr&#233;s, sur le quai de la ligne 4&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://relire.net/oloe/France" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/logo/arton40.jpg?1391203996' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'&#233;tais debout, encore &#224; Saint-Germain-des-pr&#233;s, sur le quai de la ligne 4, entre un Anglais et une jeune femme qui avait peut-&#234;tre fait danser une enfant dans une grande chambre claire de la rue Bernard-Palissy (par exemple). Il y avait, contre le mur, sous vitre et pos&#233;s sur une sorte de velours noir, une feuille dactylographi&#233;e l&#233;g&#232;rement froiss&#233;e ainsi qu'un stylo&#8230; c'&#233;tait un extrait d'&lt;i&gt;Enfance&lt;/i&gt; de Nathalie Sarraute et il &#233;tait impossible de ne pas le savoir puisque c'&#233;tait &#233;crit dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais continuer ainsi longtemps et reprendre le texte de Sarraute &#224; mon compte mais je m'arr&#234;terai l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les portes du train s'ouvraient d&#233;j&#224;, j'ai sorti l'appareil photo et captur&#233; cet extrait d'&lt;i&gt;Enfance&lt;/i&gt; que j'ai commenc&#233; &#224; lire loin du Luxembourg, assis toutefois. M&#234;me si je reconnaissais ce passage, quelque chose me g&#234;nait. C'&#233;tait et ce n'&#233;tait pas exactement le texte que j'avais lu quinze ou vingt ans plus t&#244;t. Comme si quelque chose d'important manquait pour bien faire le lien entre ce que j'&#233;tais en train de lire sur &#233;cran et le livre que j'avais eu entre les mains, un &#233;l&#233;ment essentiel qui par son absence cassait la structure de cette page. Apr&#232;s un changement &#224; Nation, j'&#233;tais s&#251;r cette fois que l'essentiel se trouvait dans les parenth&#232;ses, dans les coupes. C'&#233;taient ces coupes qui me g&#234;naient. Ce bout d'enfance atrophi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a suffi d'ouvrir le livre &#224; la bonne page pour su&#231;oter &#224; nouveau &lt;i&gt;Enfance&lt;/i&gt; et remonter le chemin de l'autre part d'enfance retrouv&#233;e, la mienne. Il m'a suffi de retrouver le gros volume des &lt;i&gt;Contes&lt;/i&gt; d'Andersen (b&#234;tement gomm&#233; sur ce postiche froiss&#233;) pour refaire le trajet, comme la narratrice, bien des ann&#233;es plus tard, retourne sur son banc au Luxembourg, dans le &#171; petit mur rose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande quel vent d'Ouest a souffl&#233; &#224; celui/celle qui a choisi ce passage de lui faire une coupe d'&#233;t&#233; pareille (et bien d&#233;gag&#233; derri&#232;re les oreilles siouplait). Ceci dit, regardant cette photo pour la vingti&#232;me ou trenti&#232;me fois, cette moumoute germanopratine est assez bien assortie au stylo pos&#233; sur la feuille. Mais dans cette ridicule mise en sc&#232;ne c'est surtout Nathalie Sarraute qu'on a mis sous vitre sur le quai d'un m&#233;tro. Est-ce que les touristes tombent dans le panneau ? En tout cas, je n'en ai vu aucun se pencher, ni l'Anglais ni la jeune femme (si tant est qu'ils aient exist&#233; ce jour-l&#224;)... Allez, tr&#234;ve de malice... lisons. Au moins, pendant ce temps-l&#224;, on oublie les enfances coup&#233;es, sous verre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais assise, encore au Luxembourg, sur un banc du jardin anglais, entre mon p&#232;re et la jeune femme qui m'avait fait danser dans la grande chambre claire de la rue Boissonade. Il y avait, pos&#233; sur le banc entre nous ou sur les genoux de l'un d'eux, un gros livre reli&#233;... il me semble que c'&#233;taient les &lt;i&gt;Contes&lt;/i&gt; d'Andersen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je venais d'en &#233;couter un passage... je regardais les espaliers en fleurs le long du petit mur de briques roses, les arbres fleuris, la pelouse d'un vert &#233;tincelant jonch&#233;e de p&#226;querettes, de p&#233;tales blancs et roses, le ciel, bien s&#251;r, &#233;tait bleu, et l'air semblait vibrer l&#233;g&#232;rement... et &#224; ce moment-l&#224;, c'est venu... quelque chose d'unique... qui ne reviendra plus jamais de cette fa&#231;on, une sensation d'une telle violence qu'encore maintenant, apr&#232;s tant de temps &#233;coul&#233;, quand, amoindrie, en partie effac&#233;e elle me revient, j'&#233;prouve... mais quoi ? quel mot peut s'en saisir ? pas le mot &#224; tout dire : &#171; bonheur &#187;, qui se pr&#233;sente le premier, non, pas lui... &#171; f&#233;licit&#233; &#187;, &#171; exaltation &#187;, sont trop laids, qu'ils n'y touchent pas... et &#171; extase &#187;... comme devant ce mot ce qui est l&#224; se r&#233;tracte... &#171; Joie &#187;, oui, peut-&#234;tre... ce petit mot modeste, tout simple, peut effleurer sans grand danger... mais il n'est pas capable de recueillir ce qui m'emplit, me d&#233;borde, s'&#233;pand, va se perdre, se fondre dans les briques roses, les espaliers en fleurs, la pelouse, les p&#233;tales roses et blancs, l'air qui vibre parcouru de tremblements &#224; peine perceptibles, d'ondes... des ondes de vie, de vie tout court, quel autre mot ? ... de vie &#224; l'&#233;tat pur, aucune menace sur elle, aucun m&#233;lange, elle atteint tout &#224; coup l'intensit&#233; la plus grande qu'elle puisse jamais atteindre... jamais plus cette sorte d'intensit&#233;-l&#224;, pour rien, parce que c'est l&#224;, parce que je suis dans cela, dans le petit mur rose, les fleurs des espaliers, des arbres, la pelouse, l'air qui vibre... je suis en eux sans rien de plus, rien qui ne soit &#224; eux, rien &#224; moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nathalie SARRAUTE, &lt;/i&gt;Enfance&lt;i&gt;, Gallimard, 1983.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo ChG. / Paris, station Saint-Germain-des-Pr&#233;s, le 6 d&#233;cembre 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
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