<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://relire.net/oloe/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Olo&#233;s du monde entier</title>
	<link>https://relire.net/oloe/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://relire.net/oloe/spip.php?id_auteur=11&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Olo&#233;s du monde entier</title>
		<url>http://relire.net/oloe/IMG/logo/siteon0.png?1759757868</url>
		<link>https://relire.net/oloe/</link>
		<height>89</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Bernies Bar and Grill, dix ans.</title>
		<link>http://relire.net/oloe/Bernies-Bar-and-Grill-dix-ans</link>
		<guid isPermaLink="true">http://relire.net/oloe/Bernies-Bar-and-Grill-dix-ans</guid>
		<dc:date>2015-11-03T09:38:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anh Mat</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Soudain : l'appel d'un verre de whisky.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://relire.net/oloe/Vietnam" rel="directory"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/logo/arton91.jpg?1446543136' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le ciel est bas. Les gouttes te criblent de coups. Tu as mal aux joues et aux paupi&#232;res. La pluie : un passage &#224; tabac. Tu avances sur le scooter les yeux ferm&#233;s. Si tu avais un accident, tu n'en serais m&#234;me pas t&#233;moin. Voil&#224; ce que tu pensais quelques minutes avant de tomber. C'est &#233;trange. Durant la chute, tu n'as pas eu peur. Tu t'es laiss&#233; glisser calmement sur la chauss&#233;e inond&#233;e. Tu t'es aussit&#244;t relev&#233;, narguant la douleur. Puis tu es reparti froidement vers ta destination. O&#249; allais-tu d&#233;j&#224; ? &#192; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois devant le portail, un sentiment d'amertume t'envahit. Amer d'&#234;tre tomb&#233; ou d'avoir surv&#233;cu &#224; ta chute ? Soudain : l'appel d'un verre de whisky. La pluie redouble d'intensit&#233;. Il y a un pub &#224; deux pas. Le Bernie's. Quinze heures pass&#233;es. Le milieu mort de l'apr&#232;s midi pour les gens qui ne travaillent pas. Tu entres. Les serveuses en minijupe verte et polo bleu-marine posent &#224; l'entr&#233;e. L'une d'entre elles t'am&#232;ne la carte et barbouille des politesses dans un anglais brouillon. Tu restes debout, l'&#339;il fig&#233; sur les prix. La serveuse &#224; tes c&#244;t&#233;s. Silencieuse. &#192; l'&#233;coute. Pr&#234;te &#224; te servir. Elle a remarqu&#233; tes plaies sur le bras et la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu commandes une Guinness. &lt;i&gt;Guinness is good for you&lt;/i&gt;. C'est &#233;crit sur le mur. C'est pourtant bien trop l&#233;ger. Et cher. Tu croyais &#231;a plus fort, regrettes de ne pas avoir commander un whisky. Tant pis. Musique : succession de hits mainstream, v&#233;ritable m&#233;pris du silence. Coup d'&#339;il dans la salle. Quatre clients : une jeune femme seule avec un demi &#224; peine bu les yeux pench&#233;s sur son iPhone. Derri&#232;re elle deux types d'une cinquantaine d'ann&#233;es buvant probablement depuis le d&#233;but de l'apr&#232;s-midi. Tu les regardes et te dis : ne pas devenir comme eux au m&#234;me &#226;ge&#8230; surtout pas. &#192; c&#244;t&#233; d'eux un autre type, fran&#231;ais &#224; lunettes crois&#233; maintes fois pendant des ann&#233;es dans un autre caf&#233;, olo&#233; aujourd'hui disparu, &#224; qui tu n'as jamais adress&#233; la parole, et que tu retrouves l&#224;, le jour de ta mort rat&#233;e. Lui aussi t'a reconnu quand tu es entr&#233;. Il est encore seul. Il l'a toujours &#233;t&#233;. Tu te souviens avoir &#233;crit &#224; son sujet. Quelques phrases sans inter&#234;t qui pourrissent dans ton vieux PC. Autant l'ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu regardes de plus pr&#232;s ta main et ton bras &#233;gratign&#233;s. Une goutte de sang s'&#233;crase sur la table. Tu tentes d'apercevoir ton reflet dedans. Sans succ&#232;s. Tu ne rel&#232;ves pas ton pantalon de peur de voir la profondeur des plaies. Le contact du tissu mouill&#233; te br&#251;le la jambe. Tu pr&#233;f&#232;res ne pas savoir. C'est plus supportable ainsi. Tu bois &#224; grandes gorg&#233;es, regardes le dos des hommes qui regardent la pluie tomber. Tous les visages et les corps sont tourn&#233;s vers elle. Vous la regardez tous. On ne saurait dire si elle vous ennuie ou vous fascine. Peut-&#234;tre les deux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tes chaussettes trempent dans tes chaussures pleines d'eau. Sensation de marcher dans un p&#233;diluve. Ton pantalon est d&#233;chir&#233;. Il doit en rester un bout sur le goudron. Tu vas te pointer au travail comme &#231;a : ensanglant&#233; du genoux et du bras, pantalon trou&#233;, haleine d'ivrogne irlandais. Tu commandes quelque chose de plus fort. Un whisky. Jameson. Pas trop &#226;g&#233; histoire de ne pas te ruiner. Et puis merde&#8230; Ce n'est pas tous les jours qu'on rate sa mort.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais tu as cours avec des enfants ! Des enfants ! Voyons, ne sois pas aussi irresponsable ! Tu ne vas pas t'y pointer bourr&#233; ! M&#234;me l&#233;g&#232;rement, &#231;a ne se fait pas !
&lt;br /&gt;&#8212; Ferme ta gueule ! Tu entends ! Ferme-l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix du dehors s'infiltre dans ton &#233;criture. Elle interf&#232;re la voix du journal. Tente de te donner mauvaise conscience, de te ramener &#224; la vie&#8230; hors des pages. Tu sens un poids peser sur ton ventre et tes poumons. Un sac de larmes mac&#233;rant depuis bien longtemps. Pourtant tu ne ressens rien. Seul ton corps semble avoir des sentiments. Toi dedans, tu restes de marbre. Ton regard froid se prom&#232;ne sur le trottoir inond&#233;, sous la jupe de la serveuse, dans ton verre d&#233;j&#224; presque vide. Puis il revient sur la page de ton &#233;cran. Tu &#233;cris : &lt;i&gt;je suis mort&lt;/i&gt;&#8230; commandes un autre verre. Encore !
&lt;br /&gt;&#8212; On the rocks ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, surtout pas. Que les gla&#231;ons n'adoucissent pas le shot dont tu as besoin. Tu le veux sec. Sans rien
&lt;br /&gt;&#8212; Dry please. Dry&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a se dit &lt;i&gt;dry&lt;/i&gt; pour un whisky ? Qu'importe, elle semble avoir compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sourire de la serveuse. Elle te parle, te drague. Vient de t'entendre parler viet au t&#233;l&#233;phone, te demande comment tu sais parler sa langue, toi, l'&#233;tranger.
&lt;br /&gt;&#8212; Anh &#273;&#227; &#7903; &#273;&#226;y &#273;&#432;&#7907;c 10 n&#259;m r&#7891;i&#8230; (Dix ans que je suis ici)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_85 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/jpg/am312-3.jpg?1446543363' width='500' height='373' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tu n'iras pas plus loin dans la conversation, presque &#233;nerv&#233; d'&#234;tre mis en demeure de parler pour ne rien dire. Tu penses &#224; L&#233;o qui aux c&#244;t&#233;s de Brassens et Brel disait qu'il faudrait dans la rue pouvoir faire l'amour &#224; une femme instantan&#233;ment. Oui, sans m&#234;me besoin de passer par la parole. Un l&#233;ger sourire. Un &#279;change de regard. Et puis au lit. Il y a juste &#224; c&#244;t&#233; des salons de massage dans lesquels tu pourrais te rendre d&#232;s maintenant. Tu penses &#224; une autre bouche que celle de T., &#224; d'autres mains, d'autres ongles, une autre couleur de vernis, une autre fa&#231;on de regarder, de toucher, de l&#233;cher. Tu penses au filet de sueur sur des cuisses dodues, &#224; la blancheur d'un d&#233;bardeur moulant sur un visage encore inconnu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu n'aurais pas &#233;crit &#231;a il y a encore quelques mois. Mais ici, dans ce journal, tu ne t'interdis plus rien. Et tant pis si &#231;a rebute, si &#231;a d&#233;go&#251;te. Ta parole reste celle d'un homme m&#233;diocre. &#192; quoi bon le d&#233;guiser derri&#232;re une &#233;ni&#232;me posture ? Tu as honte de qui ? De ceux cach&#233;s derri&#232;re le nombre de vues ? &#199;a fait longtemps que tu ne pr&#234;tes plus attention aux statistiques. Alors ? Combien sont-ils aujourd'hui ? 14. Dont la moiti&#233; tomb&#233;e l&#224; par hasard&#8230; et repartie aussit&#244;t. Il en reste 7. O&#249; sont-ils ? &#192; ta table ? Les chaises sont vides. Il n'y a absolument personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Te voil&#224; d&#233;j&#224; en train de mitrailler le clavier. Qu'&#233;cris-tu ? De la voix. Une voix venue d'ailleurs qui d&#233;passe ton d&#233;sir d'&#233;crire, qui r&#233;clame le droit &#224; l'existence, ind&#233;pendamment de toi, de ton nom et de ta petite histoire sans inter&#234;t. Dans ce journal les faits sont des phrases. Elles ne cherchent pas &#224; t&#233;moigner. Ce journal est le fourre-tout de ta langue, une d&#233;ch&#232;terie de notes. Qu'est-ce que ce journal si ce n'est la contrainte d'une &#233;criture sans contrainte&#8230; &#224; jamais inachev&#233;e ? L'&#233;criture d'un geste. Le geste de l'&#233;criture. Sa trace num&#233;rique. Publier ici ne repr&#233;sente plus aucun risque. Ton appr&#233;hension des d&#233;buts a disparu. Plus de 300 billets pour enfin te sentir chez toi. Et chez toi, tu laisses le masque et les postures sur le porte manteau. Tu peux rester sale et nu, passer des heures &#224; te satisfaire d'une paresse obsc&#232;ne. Seul Dieu connait l'odeur r&#233;pugnante de ta solitude&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 heures. C'est bient&#244;t l'heure. Le cours n'a pas commenc&#233;. L'esprit des &#233;l&#232;ves est &#224; la fen&#234;tre. Les arbres les appellent. En cette fin de journ&#233;e, ils viennent toujours en trainant le pied. Fatigu&#233;s, ils ont besoin d'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toi d'un autre verre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_84 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/jpg/am312-4.jpg?1446543264' width='500' height='373' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extrait de : &lt;i&gt;Les Nuits &#233;chou&#233;es&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://lesnuitsechouees.blogspot.fr/2015/05/312.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;312&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Face &#224; l'Eden</title>
		<link>http://relire.net/oloe/Face-a-l-Eden</link>
		<guid isPermaLink="true">http://relire.net/oloe/Face-a-l-Eden</guid>
		<dc:date>2014-01-21T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anh Mat</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;C'est l'olo&#233; du mensonge.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://relire.net/oloe/Vietnam" rel="directory"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/logo/arton19.jpg?1390150371' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est l'olo&#233; du mensonge. Et je m'y rends tous les samedis. Je dis &#224; T. que je pars enseigner alors que je m'en vais me r&#233;fugier l&#224; o&#249; &#233;crire et lire est &#224; l'abri de nous... Comment pourrais-je lui avouer la v&#233;rit&#233; sachant d'avance qu'elle ne comprendrait pas que lire et &#233;crire, c'est aussi travailler, m&#234;me si &#231;a ne rapporte rien ? &#192; croire que j'ai besoin de d&#233;guiser ma solitude d'un pr&#233;texte valable &#224; ses yeux pour qu'elle ne se sente pas d&#233;laiss&#233;e. Au fond je lui mens aussi pour ne pas la blesser, comme si lire et &#233;crire &#233;tait une infid&#233;lit&#233; &#224; la vie de couple que nous menons tant bien que mal. Et puis peut-&#234;tre que je n'assume toujours pas, devant les autres, cette satan&#233;e n&#233;cessit&#233; de lire et d'&#233;crire... &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis combien d'ann&#233;es je lui mens de la sorte au sujet du samedi apr&#232;s-midi ? Presque cinq ans d&#233;j&#224;. Et plus le temps passe, moins je me sens coupable. Je tiens plus qu'&#224; toute autre chose &#224; ces samedis o&#249; j'ai pris l'habitude de disparaitre l&#224; o&#249; je n'ai pas &#224; justifier &#224; qui que ce soit le fait de passer ma journ&#233;e seul accompagn&#233; d'un livre, ou bien &#224; &#233;crire sans autre but que de faire des phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet olo&#233; est avant tout une table en bois brun, toujours la m&#234;me, celle d'un caf&#233; citadin comme un autre. Cette table l&#224; est toujours libre, &#224; croire que chaque semaine, elle m'attend moi et mes livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce caf&#233; est &#224; la fois suffisamment fr&#233;quent&#233; pour que le silence et la solitude ne m'y accablent pas compl&#232;tement, et assez calme pour que mon attention ne se d&#233;tourne pas de sa t&#226;che de lecture ou d'&#233;criture. Le caf&#233; est au troisi&#232;me &#233;tage du centre commercial Th&#432;&#417;ng X&#225; Tax. Il est divis&#233; en deux. La partie principale, carrel&#233;e, avec de grandes fen&#234;tres donnant sur la ville, est celle o&#249; la plupart des clients pr&#233;f&#232;rent s'asseoir puisqu'elle est &#224; la lumi&#232;re du jour. L'autre partie est en revanche une sorte de large couloir sans aucune fen&#234;tre, am&#233;nag&#233; de quelques tables seulement. C'est l&#224; o&#249; je m'assois, &#224; l'ombre de la folie du jour, et je m'y sens soudain &#224; mon aise, anonyme au milieu du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un an, ce lieu est devenu non fumeur. J'en ai &#233;t&#233; tr&#232;s affect&#233;. J'ai cherch&#233; par la suite un autre olo&#233; aux alentours. Mais sans savoir pourquoi, je n'ai jamais r&#233;ussi &#224; trouver ma place dans ces autres caf&#233;s pourtant tous de m&#234;me nature, dans le m&#234;me quartier. &#192; premi&#232;re vue rien de bien diff&#233;rent mais entre leurs murs &#233;trangers, je ne pouvais ni lire, ni &#233;crire. Je passais d&#233;sormais mes samedis &#224; fumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas eu d'autres choix que de revenir ici. J'ai de plus remarqu&#233; qu'il &#233;tait encore possible de fumer mais dans un hall &#224; l'ext&#233;rieur du caf&#233;. Je m'en suis accommod&#233;. Depuis, je prends des pauses, laissant le livre que je suis en train de lire sur la table avec quelques-unes de ses pages encore dans la t&#234;te, ou bien avec la phrase inachev&#233;e du texte en cours qui continue &#224; &#233;crire alors que je n'&#233;cris plus, le temps de fumer une cigarette regardant &#224; travers la vitre ce qu'est devenu l'Eden.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_32 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;119&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/oloe/IMG/jpg/2._face_a_l_eden.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/oloe/IMG/jpg/2._face_a_l_eden.jpg?1390150278' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'Eden en voie de d&#233;molition (Alain Truong)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;http://www.alaintruong.com/archives/2010/08/22/18869221.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.alaintruong.com/archives/2010/08/22/18869221.html&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Alain Truong
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'Eden, autrefois, c'&#233;tait l'Eden cin&#233;ma, celui l&#224; m&#234;me qui porte le nom d'une des pi&#232;ces de Marguerite Duras. Avant qu'il ne soit enti&#232;rement d&#233;truit pour b&#226;tir &#224; la place un &#233;ni&#232;me centre commercial en plein coeur de la ville (aujourd'hui nomm&#233; Vincom Eden Mall) j'y ai habit&#233; pr&#232;s de deux ans. &#192; cette &#233;poque, c'&#233;tait une petite galerie marchande qui ne marchait gu&#232;re plus. Mais il restait en son sein des appartements. Et j'ai eu la chance d'en louer un pour six millions de d&#244;ngs le mois, prix d&#233;risoire dans une des rues les plus centrales et les plus riches de Saigon.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appartement &#233;tait certes minuscule, l'immeuble dans un &#233;tat lamentable. La plupart de ses murs envahis par la mousse regorgeaient d'eau. Les chats &#233;taient ici les locataires les plus nombreux et chaque couloir &#233;tait impr&#233;gn&#233; de l'odeur de leur pisse. Mais l'immeuble &#233;tait encore debout. Et son charme venait justement de la couleur de ses murs jaunes vieillis, de son carrelage d'&#233;poque. Il y restait quelques habitants. Je me souviens en particulier d'une grand-m&#232;re que j'avais l'habitude de saluer chaque jour d'un geste de la main. Elle avait v&#233;cu ici une bonne cinquantaine d'ann&#233;es et ne pensait pas finir ses jours autre part. Mais un immeuble d&#233;labr&#233; aussi bien situ&#233; a vite int&#233;ress&#233; de riches entrepreneurs qui se sont empress&#233;s de le racheter sans m&#234;me demander leur avis aux personnes vivant encore entre ces murs. Ils les ont ensuite contraint &#224; accepter des sommes mis&#233;rables contre leurs appartements d&#233;fra&#238;chis certes, mais charg&#233;s de leurs habitudes, de leurs histoires, de leurs m&#233;moires, appartements qui aujourd'hui auraient d&#251; valoir une fortune et que ces riches requins ont sans piti&#233; vol&#233; pour une bouch&#233;e de pain. Les propri&#233;taires des lieux ont bien essay&#233; de se battre, manifestant leur col&#232;re sur des banderoles placard&#233;es &#224; m&#234;me les fa&#231;ades de l'immeuble, refusant toute proposition d'achat (surtout &#224; ce prix l&#224;). Mais devant les enjeux financiers de cette affaire, la col&#232;re d'une poign&#233;e de manifestants ne fut qu'un barrage contre le Pacifique. &#192; peine un mois apr&#232;s, une troupe d'ouvriers &#233;tait d&#233;j&#224; en train de d&#233;truire l'immeuble sous nos pieds (nous &#233;tions tous encore dedans).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis all&#233; saluer une derni&#232;re fois la grand-m&#232;re d'&#224; c&#244;t&#233; avant de d&#233;m&#233;nager dans un autre quartier. Je lui ai demand&#233; : &#171; Madame, o&#249; allez-vous habiter &#224; pr&#233;sent ? &#187; Elle me r&#233;pondit tranquillement : &#171; Ils peuvent bien d&#233;truire, moi je ne partirai pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai par la suite jamais eu de nouvelles de mes anciens voisins. La police les a-t-elle &#233;vacu&#233;s comme des squatteurs pour la plupart propri&#233;taires des lieux depuis plus d'un demi si&#232;cle ? Ou bien les ouvriers ont-ils d&#233;truit l'immeuble avec ses habitants dedans ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, regardant l'immeuble du nouvel Eden flambant neuf &#224; travers la vitre du hall fumeur de mon olo&#233;, je me demande s'il n'y aurait pas, par hasard, le cadavre de cette grand-m&#232;re enseveli sous une des boutiques de luxe ? Peut-&#234;tre pas son cadavre de chair, mais celui de mon souvenir d'elle s'y trouve certainement...&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;//www.youtube.com/embed/87mncMlhUyc&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo de la &lt;i&gt;Vue sur le nouvel Eden Mall&lt;/i&gt;, et vid&#233;o &lt;i&gt;Dans le caf&#233; Highland&lt;/i&gt;, par Anh Mat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
