Où Lire Où Écrire

Les chercheurs d’invisible

samedi 1er mars 2014, par Estelle Ogier

J’en garde un de ces espaces élastiques où lire où écrire, une galerie de peinture à l’huile sur toile que j’ouvre quotidiennement au public. Un lieu lumineux et coloré au bord de la Méditerranée qui ouvre sur l’allée de la Conque qui mène à la plage noire parce que volcanique : la Grande Conque. Mais revenons à la galerie plutôt que de traîner sur la plage déserte à cette époque de l’année. À l’atelier de la Conque, nulle âme qui vive non plus, à l’assaut des chefs-d’œuvre personne ne veut courir. Je suis souvent seule à mon bureau face aux cimaises où sont exposées les tableaux mystérieux qui ne dévoilent rien des secrets d’enfance. Solitude idéale pour lire de la littérature pointue et écrire ce qui me fait renoncer chaque jour à ce que je crois être et me fait découvrir qui je suis réellement. Autour de moi les portraits photographiques de Brassens, Chevillard, Ferré et Brel qui veillent sur moi et sur le lieu. Lorsqu’entrent les visiteurs volontaires ou égarés, nous entamons une conversation à propos des œuvres accrochées aux murs de la galerie qu’ils découvrent et qui les intriguent. Puis nous ouvrons des livres d’art pour se ressouvenir d’autres créateurs qui furent à l’origine de nos émotions artistiques. Nous relions entre eux tous ces chercheurs d’invisible qu’ils tentent de rendre visible. Nous échangeons nos impressions d’éternité.