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	<title>&#192; Louvre Ouvert</title>
	<link>https://relire.net/louvre-ouvert/</link>
	<description>Avec une excursion au Grand Palais : Bill Viola. Se rep&#233;rer dans le Mus&#233;e.</description>
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		<title>La peau, ce d&#233;tail</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>


		<dc:subject>Pavillon Sully</dc:subject>
		<dc:subject>Marie-Guillemine Benoit</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Didi-Huberman</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;onora Miano</dc:subject>
		<dc:subject>Balzac</dc:subject>
		<dc:subject>Franz Fanon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Retour sur les pistes d'&#233;criture propos&#233;es &#224; partir du tableau de Marie Guillemine Benoit, Portrait d'une femme noire&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Que-faire-de-la-peau" rel="directory"&gt;Que faire de la peau ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Pavillon-Sully" rel="tag"&gt;Pavillon Sully&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Marie-Guillemine-Benoit" rel="tag"&gt;Marie-Guillemine Benoit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Georges-Didi-Huberman" rel="tag"&gt;Georges Didi-Huberman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Leonora-Miano" rel="tag"&gt;L&#233;onora Miano&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Balzac" rel="tag"&gt;Balzac&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Franz-Fanon" rel="tag"&gt;Franz Fanon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton154.jpg?1458312297' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'ordre des repr&#233;sentations, la peau est toujours un probl&#232;me. Est encore un probl&#232;me. La peau, sous-entendu, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/250216/l-etat-justifie-les-controles-au-facies&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa couleur&lt;/a&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une chose qu'on entend, je l'ai entendu, qu'il est plus difficile d'avoir une fiabilit&#233; des photographies d'identit&#233;, pour des personnes qui ont la peau noire (et le soup&#231;on alors, de la falsification, qui en d&#233;coule, comme &lt;i&gt;naturellement&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En peinture, il y eu longtemps comme une sorte d'impens&#233;, dirait-on : on parlait des d&#233;fis que repr&#233;sentait la peau &#224; peindre, mais on parlait toujours de la peau blanche. Il suffit de lire ce passage du &lt;i&gt; Chef d'&#339;uvre inconnu &lt;/i&gt; de Balzac, sur le d&#233;fi que repr&#233;sente le rendu de la couleur de la chair :&lt;i&gt;&#034;J'ai &#233;bauch&#233; ma figure dans un ton clair avec une p&#226;te souple et nourrie, car l'ombre n'est qu'un accident, retiens cela, petit. Puis je suis revenu sur mon &#339;uvre, et au moyen de demi-teintes et de glacis dont je diminuais de plus en plus la transparence, j'ai rendu les ombres les plus vigoureuses et jusqu'aux noirs les plus fouill&#233;s ; car les ombres des peintres ordinaires sont d'une autre nature que leurs tons &#233;clair&#233;s ; c'est du bois, de l'airain, c'est tout ce que vous voudrez, except&#233; de la chair dans l'ombre. On sent que si leur figure changeait de position, les places ombr&#233;es ne se nettoieraient pas et ne deviendraient pas lumineuses. J'ai &#233;vit&#233; ce d&#233;faut o&#249; beaucoup d'entre les plus illustres sont tomb&#233;s, et chez moi la blancheur se r&#233;v&#232;le sous l'opacit&#233; de l'ombre la plus soutenue ! &#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, la repr&#233;sentation de la peau noire, en art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y eu bien ce tr&#232;s beau et triste portrait de Catherine, femme africaine (domestique) par D&#252;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses yeux baiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/portrait-of-african-woman-catherine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/portrait-of-african-woman-catherine.jpg?1456479352' width='500' height='714' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les yeux de la femme noire peinte par &lt;a href=&#034;http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=759&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marie-Guillemine Benoit&lt;/a&gt; nous regardent, regardent celle qui la peint, et c'est ce qui change. C'est ce qui change &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;, pas seulement le fait de faire poser une domestique noire comme si c'&#233;tait Madame R&#233;camier, sur un fauteuil de velours. Pas seulement le fait de doter cette femme magnifique des attributs d'une nouvelle Marianne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce regard pos&#233; nait un espoir : deux subjectivit&#233;s sont l'une en face de l'autre, elles se reconnaissent. De ce regard pos&#233; naissent des suppositions : que s'est-il pass&#233;, pendant les temps de pose, entre la peintre et son mod&#232;le ? Des paroles ont-elles &#233;t&#233; &#233;chang&#233;es ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce texte de Franz Fanon dans &lt;i&gt;Peau noire, masques blancs&lt;/i&gt; (1952) rappelle l'impossibilit&#233; de fictionnaliser un dialogue : faire passer l'&#233;change par la langue viendrait &#224; nier ce qui possiblement, dans ce regard, s'&#233;change d'humain sans consid&#233;ration de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034; Le probl&#232;me que nous envisageons dans ce chapitre est le suivant : le noir antillais sera d'autant plus blanc, c'est-&#224;-dire se rapprochera d'autant plus du v&#233;ritable homme, qu'il aura fait sienne la langue fran&#231;aise. Nous n'ignorons pas que c'est l&#224; l'une des attitudes de l'homme en face de l'Etre. Un homme qui poss&#232;de le langage poss&#232;de par contre le monde exprim&#233; et impliqu&#233; par ce langage. On voit o&#249; nous voulons en venir : il y a dans la possession du langage une extraordinaire puissance. Paul Val&#233;ry le savait qui faisait du langage &#034;le dieu dans sa chair &#233;gar&#233;&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour l'instant, nous voudrions montrer pourquoi le noir antillais quel qu'il soit, a toujours &#224; se situer en face du langage. Davantage, nous &#233;largissons le secteur de notre description, et par-del&#224; l'antillais, nous visons tout homme colonis&#233;. Tout peuple colonis&#233; -c'est-&#224;-dire tout peuple au sein duquel a pris naissance un complexe d'inf&#233;riorit&#233;, du fait de la mise au tombeau de l'originalit&#233; culturelle locale- se situe vis-&#224;-vis du langage de la nation civilisatrice, c'est-&#224;-dire de la culture m&#233;tropolitaine. Le colonis&#233; se sera d'autant plus &#233;chapp&#233; de sa brousse qu'il aura fait siennes les valeurs culturelles de la m&#233;tropole. Il sera d'autant plus blanc qu'il aura rejet&#233; sa noirceur, sa brousse.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ces mots de L&#233;onora Miano dans &lt;i&gt;Les aubes &#233;carlates&lt;/i&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#034;Toi dont la conscience cherche &#224; songer l'intangible, tiens la r&#233;ponse &#224; tes questions : nous sommes l'absurde du quotidien. Nous sommes la haine du fr&#232;re, la haine de soi. Nous sommes l'impossibilit&#233;, l'entrave au jour qui vient. Nous en avons emprisonn&#233; les contours au creux de notre main immat&#233;rielle, et nous disons :&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il soit fait clair pour tous que le pass&#233; ignor&#233; confisque les lendemains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il soit fait clair pour tous qu'en l'absence du lien primordial avec nous, il n'y aura pas de passerelle vers le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il soit fait clair pour tous que la saign&#233;e ne s'est pas ass&#233;ch&#233;e en d&#233;pit des si&#232;cles et qu'elle hurle encore, de son tombeau inexistant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il soit fait clair pour tous que rien ne sera reconstruit, chez ceux qui n'assur&#232;rent pas notre tranquillit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne crains pas de comprendre, de rapporter notre propos. Nous sommes les cieux obscurcis qui s'&#233;paississent inlassablement, tant qu'on ne nous a pas fait droit.&#034; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait de revenir sur ce tableau comme sur un temps qui a du mal &#224; passer. Et se servir d'autre chose que le langage lui-m&#234;me pour nourrir la reconnaissance. Se servir du regard, par exemple, comme l'envisage, &#224; propos du silence et du t&#233;moignage, Georges Didi-Hubermann, dans &lt;i&gt;Le blanc souci de notre histoire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Regarder ne va pas de soi. D&#233;j&#224; parce que regarder va et vient. Il arrive, par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, que cela consiste &#224; garder deux fois. Non pas garder simplement, unilat&#233;ralement, garder au sens du ge&#244;lier qui surveille, qui garde et, de temps en temps, regarde par le trou de l'&#339;illeton son prisonnier pour s'assurer de sa cl&#244;ture hors du monde, de sa servitude. Mais plut&#244;t : garder deux fois &#8212; ou plus &#8212;, garder pour aimer, pour endurer, pour rapprocher et non tenir &#224; distance surveill&#233;e. Garder pour prendre soin et maintenir en vie. Garder au sens d'une m&#232;re qui prot&#232;ge son enfant envers et contre tout, le regarde de temps en temps, le veille pour mieux s'assurer de son ouverture au monde, de sa libert&#233;. Il arrive aussi que regarder consiste &#224; ne rien garder du tout. C'est, alors, accepter de perdre &#8212; ou, tout au moins, de ne pas maintenir, de ne pas saisir jusqu'au bout, de ne pas poss&#233;der &#8212; ce que l'on regarde, quand ce que l'on regarde se meut (papillon qui bat des ailes, nous &#233;chappe vers le lointain) ou quand notre propre regard se meut &#224; son tour (j'accepte alors de renoncer au papillon et de laisser divaguer ma vision ailleurs, par exemple vers le lent mouvement des nuages derri&#232;re lui).&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, si je me r&#233;sume : une s&#233;ance de travail sur la question du regard, de la nudit&#233;, de l'opacit&#233; de celui/celle qui est regard&#233;(e) (qui est souvent f&#233;minis&#233;/colonis&#233; en tant qu'objet du regard). Et la question de l'effort du rendu, de comment cela se joue, dans l'&#233;chec n&#233;cessairement, mais dans une rencontre possible au-del&#224; de l'&#233;chec, pour celui qui, sinc&#232;rement, veut faire acte de description et de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc propos&#233; &#224; chacun d'&#233;lire un d&#233;tail du tableau. De s'y attacher comme dans le geste de peindre. De se poser des questions plastiques, techniques : le rendu de la lumi&#232;re sur le front de cette femme, le t&#233;ton dress&#233;, les petits picots autour, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &#224; &#233;crire, donc : un monologue de celle qui peint, qui se concentre sur une partie du tableau seulement, et revient r&#233;guli&#232;rement, n&#233;cessairement, sur le regard de celle qu'elle peint. Et des blancs (sic), assum&#233;s, qui seraient les &#034;r&#233;ponses&#034; non exprim&#233;es du mod&#232;le.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D'o&#249; te vient cette aura&#8230;</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/D-ou-te-vient-cette-aura</link>
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		<dc:date>2016-02-26T07:29:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luc Dall'Armellina</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Te voil&#224; &#224; nouveau install&#233;e ici, dans mon atelier, sur le grand fauteuil &#224; m&#233;daillon, je suis si heureuse que tu ais accept&#233;. Quand je t'ai pos&#233; la question la premi&#232;re fois chez mon beau-fr&#232;re, tu n'as rien dit. Tu m'a regard&#233;, un peu comme tu le fais maintenant, longuement, et puis tu as souri, d'une mani&#232;re si br&#232;ve et si subtile. Je ne savais quoi penser mais j'ai senti que tu avais dit oui. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai a&#233;r&#233; l'atelier avant la s&#233;ance. Je l'avais oubli&#233; la derni&#232;re fois, et j'ai vu que tu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Que-faire-de-la-peau" rel="directory"&gt;Que faire de la peau ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton148.png?1456478802' class='spip_logo spip_logo_right' width='126' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Te voil&#224; &#224; nouveau install&#233;e ici, dans mon atelier, sur le grand fauteuil &#224; m&#233;daillon, je suis si heureuse que tu ais accept&#233;. Quand je t'ai pos&#233; la question la premi&#232;re fois chez mon beau-fr&#232;re, tu n'as rien dit. Tu m'a regard&#233;, un peu comme tu le fais maintenant, longuement, et puis tu as souri, d'une mani&#232;re si br&#232;ve et si subtile. Je ne savais quoi penser mais j'ai senti que tu avais dit oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai a&#233;r&#233; l'atelier avant la s&#233;ance. Je l'avais oubli&#233; la derni&#232;re fois, et j'ai vu que tu n'avais pas ma tol&#233;rance aux odeurs de siccatifs, c'est bien naturel. C'est inhumain de s'habituer &#224; ces odeurs qui vous traversent tout ce que nos corps contiennent de chair et de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Veux-tu reprendre s'il te plait la pose, oui, comme &#231;a, avec ton bras qui pourrait accueillir l'enfant que tu allaites. Tu ne m'as pas dit son nom. Tu es si belle, si pr&#233;sente, si forte. Ton bras, penses &#224; l'enfant, bien s&#251;r il n'est pas l&#224;, mais pour toi, et pour toi seulement, il est l&#224;, il te grandit et t'affermit, il a besoin de toi et tu l'accueilles, il est l&#224;, dans le vide de ton d&#233;sir qu'il soit l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La profonde et vaste intensit&#233; de ta peau, je les voudrais l&#224; vibrantes sur la toile, plus vite que je ne peux les faire apparaitre, impatiente que je suis. Dieu que c'est long, la peinture, mais je dis &#231;a, Dieu n'en sait rien, lui qui a fait le monde en une semaine !&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu ris n'est-ce pas, oui tu le peux, tu vas &#234;tre c&#233;l&#232;bre et c&#233;l&#233;br&#233;e, je l'esp&#232;re et le veux. Tu seras la premi&#232;re femme noire affranchie, et ce ne seront pas tes mots ou tes discours, mais des forces peut-&#234;tre plus puissantes encore que les mots, qui te feront reine de la r&#233;publique &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que tes mots, peut-&#234;tre tes silences, et mieux encore, ces pauses blanches que tu habites, entre eux ? Ils me disent tant de choses que je ne peux dire &#224; mon tour avec des mots, mais auxquelles je r&#234;ve durant la nuit, qui me font parfois veiller les yeux ouverts, ces choses, je les retrouve intactes lorsque je suis devant toi, et que je te peins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre est-ce un myst&#232;re, comment l'appeler autrement, ce charme si profond qu'il d&#233;sarme la b&#234;tise. Quelle est cette force qui semble animer tout ton corps, tout ton &#234;tre, d'o&#249; te vient cette aura, que les mots n'auront pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luc Dall'Armellina&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;En atelier avec C&#233;cile Portier Le Louvre, 6 janvier 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; partir de : Portrait d'une n&#233;gresse (salon de 1800) H. : 0,81 m. ; L. : 0,65 m. Marie-Guillemine Benoist (1768-1826)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'anneau</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/L-anneau</link>
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		<dc:date>2016-02-26T07:29:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Alexandre</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je ne sais pas quel diam&#232;tre donner &#224; l'anneau. Quel r&#244;le doit- il jouer dans la toile ? Le geste circulaire de ma main peine &#224; se positionner sur son lobe. Je la regarde. Son &#339;il me fixe, sa poitrine se soul&#232;ve. Respire-t-elle seulement ou soupire-t-elle de lassitude ? D&#233;j&#224; plusieurs heures qu'elle est assise l&#224;. Elle semble &#224; la fois r&#233;sign&#233;e et intrigu&#233;e. Mais elle ne se plaint pas. Accoutum&#233;e, peut-&#234;tre ?... &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans se poser sur la toile, mon pinceau repasse sur le contour du t&#233;ton, puis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Que-faire-de-la-peau" rel="directory"&gt;Que faire de la peau ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton150.jpg?1456477649' class='spip_logo spip_logo_right' width='119' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne sais pas quel diam&#232;tre donner &#224; l'anneau. Quel r&#244;le doit- il jouer dans la toile ? Le geste circulaire de ma main peine &#224; se positionner sur son lobe. Je la regarde. Son &#339;il me fixe, sa poitrine se soul&#232;ve. Respire-t-elle seulement ou soupire-t-elle de lassitude ? D&#233;j&#224; plusieurs heures qu'elle est assise l&#224;. Elle semble &#224; la fois r&#233;sign&#233;e et intrigu&#233;e. Mais elle ne se plaint pas. Accoutum&#233;e, peut-&#234;tre ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans se poser sur la toile, mon pinceau repasse sur le contour du t&#233;ton, puis sur celui de l'&#339;il. Pourquoi tant de difficult&#233;s &#224; peindre l'anneau qu'elle ne porte pas mais que j'ai d&#233;cid&#233; de lui attribuer pour ma peinture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je porte ma main &#224; mon oreille droite, ce geste suffit &#224; provoquer chez elle un l&#233;ger sourire comme si elle comprenait mon d&#233;sarroi. A-t-elle senti que je cherche &#224; l'affubler d'un accessoire suppl&#233;mentaire, comme s'il n'y avait pas d&#233;j&#224; suffisamment d'artifices avec cette coiffe, cette robe, cette &#233;toffe jet&#233;e sur le si&#232;ge o&#249; je l'ai pos&#233;e. Et pourquoi son oreille ne pourrait-elle, finalement, se pr&#233;senter telle qu'elle est ? Quelle marque suis-je en train de lui porter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon pinceau tourne et retourne sur la partie inf&#233;rieure de son oreille. C'est alors que, d'un simple mouvement, elle porte sa main droite &#224; cette oreille. La voir d&#233;placer ce bras, ce bras rest&#233; longtemps pos&#233; sur sa cuisse, et probablement ankylos&#233;, pour venir caresser le lobe, ce mouvement assur&#233; ne permet plus la moindre h&#233;sitation quant &#224; la forme &#224; donner &#224; l'anneau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment &#224; mon tour, je plonge le pinceau dans la mati&#232;re &#233;tal&#233;e sur la palette et je le charge de la couleur qui viendra mettre la touche ultime &#224; ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent ALEXANDRE&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/portrait_d_une_femme_noire-4.jpg?1456315769' width='500' height='592' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;En atelier avec C&#233;cile Portier Le Louvre, 6 janvier 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; partir de : Portrait d'une n&#233;gresse (salon de 1800) H. : 0,81 m. ; L. : 0,65 m. Marie-Guillemine Benoist (1768-1826)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La main (&#231;a recommence)</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/La-main-ca-recommence</link>
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		<dc:date>2016-02-26T07:28:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Louis Fort</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ca recommence. Elle bouge. Imperceptiblement. Mais elle bouge. Comment r&#233;ussir &#224; la saisir si elle ne tient pas en place. Je crois que je n'arriverai pas &#224; peindre sa main droite si elle continue ainsi. Soyons franche, j'ai tr&#232;s bien r&#233;ussi la main gauche, la finesse des doigts, le l&#233;ger &#233;cartement entre l'index et le majeur, le contraste entre la peau mate et le tissu l&#233;g&#232;rement rugueux, le chatoiement infini du blanc qui tranche avec la noirceur de sa carnation. Mais cette deuxi&#232;me main, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Que-faire-de-la-peau" rel="directory"&gt;Que faire de la peau ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton151.png?1456478003' class='spip_logo spip_logo_right' width='117' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ca recommence. Elle bouge. Imperceptiblement. Mais elle bouge. Comment r&#233;ussir &#224; la saisir si elle ne tient pas en place. Je crois que je n'arriverai pas &#224; peindre sa main droite si elle continue ainsi. Soyons franche, j'ai tr&#232;s bien r&#233;ussi la main gauche, la finesse des doigts, le l&#233;ger &#233;cartement entre l'index et le majeur, le contraste entre la peau mate et le tissu l&#233;g&#232;rement rugueux, le chatoiement infini du blanc qui tranche avec la noirceur de sa carnation. Mais cette deuxi&#232;me main, celle que je gardais pour la fin, je ne vais pas y arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine l'ai-je quitt&#233;e du regard qu'elle modifie imperceptiblement sa position. C'est &#224; devenir folle. Je lui ai pourtant expliqu&#233; qu'il &#233;tait tr&#232;s important de rester statique, que la peinture a beau &#234;tre un art vivant, c'est d'elle presque morte que je dois me nourrir. A se demander si elle ne serait pas trop vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fronce les sourcils pour montrer que je suis concentr&#233;e, oriente ostensiblement mon regard sur cette satan&#233;e main. Je vois du coin de l'&#339;il qu'elle sait ce que je suis en train de faire, m&#234;me si elle semble regarder dans le vide. Elle se joue de moi la n&#233;gresse, moi qui pourtant lui offre tout mon art, lui fait don de ce portrait, la magnifie en moderne Marianne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concentrons nous, travaillons sur cette main. Deux blocs. Elle serre le poing et s&#233;pare les doigts : l'index et le pouce rassembl&#233;s. Bien. Le majeur et l'annulaire &#233;galement. D'accord. L'auriculaire invisible, enfonc&#233; dans le drap&#233; blanc. Parfait. T&#226;chons de peindre &#224; la fois l'unit&#233; mais &#233;galement la singularit&#233; de chacun de ses doigts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais elle recommence. Elle bouge. Et ma main &#224; moi d&#233;rape. J'accentue trop les contrastes, le blanc et le noir. Les doigts que je peins ne ressemblent plus &#224; des doigts. Vite, renforcer la couleur pour accentuer la diff&#233;rence entre le dessus de la main et les doigts, sugg&#233;rer ce l&#233;ger repli sur l'int&#233;rieur. J'y suis presque. Encore une touche ou deux de couleur, ajouter du pigment et ce sera parfait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bouge, bouge tant que tu veux jolie n&#233;gresse, je les ai tes doigts, quand bien m&#234;me tu ne le voulais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle sourit. Elle ne devrait pas, je dois retoucher la bouche et son expression s'&#233;loigne de cette moue boudeuse que j'avais r&#233;ussi &#224; capter au premier trait de pinceau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons aux doigts. Comment ai-je pu penser un instant &#234;tre satisfaite ? Quelle disgr&#226;ce. Il faut en convenir. Voil&#224; certainement le d&#233;tail le plus rat&#233; de ma composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; que la touche finale d&#233;stabilise la composition d'ensemble. Probl&#232;me de m&#233;thode certainement, pourquoi avoir cette fois atomis&#233; mon tableau, pourquoi avoir peint morceau par morceau alors que, d'habitude, je peins l'ensemble, raffinant couche apr&#232;s couche, d&#233;tail apr&#232;s d&#233;tail. Cette id&#233;e de proc&#233;der par d&#233;tails ne fonctionne pas. Enfin, elle fonctionnait jusqu'&#224; ce que je doive peindre cette horrible main droite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus le temps de maquiller cet &#233;norme r&#226;t&#233; : peindre quelque chose par dessus me prendrait trop de temps alors qu'on attend dans la pi&#232;ce d'&#224; c&#244;t&#233; un tableau fini dans moins d'une demie heure. Cette urgence qui me paralyse, c'est elle qui m'a fait &#233;chouer dans la peinture des doigts. Elle, et cette absence d'immobilit&#233; du mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que l'ensemble fonctionnait tellement bien. Qu'en penseront les g&#233;n&#233;rations &#224; venir ? Qu'en dira-t-on dans 200 ou 300 ans ? Les spectateurs du tableau souligneront la gr&#226;ce et la l&#233;g&#232;ret&#233; de l'ensemble et puis, &#224; un moment ou &#224; un autre, ils reviendront sur cette main rat&#233;e. Et ils resteront sur cette impression. Sauf... sauf si je mets ma signature juste au dessus ! Dans cet endroit un peu d&#233;cal&#233;, pas en bas &#224; droite, mais au dessus de la main. C'est inattendu, cela les surprendra ! Excellente id&#233;e ? Apposons notre paraphe au dessus de cet &#233;norme rat&#233;. Il d&#233;tournera l'attention. Et elle aura beau bouger, je signerai d'un trait s&#251;r !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.L.F&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;En atelier avec C&#233;cile Portier Le Louvre, 6 janvier 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; partir de : Portrait d'une n&#233;gresse (salon de 1800) H. : 0,81 m. ; L. : 0,65 m. Marie-Guillemine Benoist (1768-1826)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le bras&#8230;</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Le-bras</link>
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		<dc:date>2016-02-26T07:28:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandre Salc&#232;de</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Et dis-moi, &#244; N&#233;gresse, les muscles de ton bras furent-ils sculpt&#233;s par les travaux des champs, par les corv&#233;es p&#233;nibles sous le soleil des &#206;les ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Silence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ou est-ce d'avoir berc&#233;, &#244; m&#232;re g&#233;n&#233;reuse, l'innocence des enfants que tu pensais destin&#233;s &#224; devenir esclaves et que tu nourrissais, &#224; contrec&#339;ur, &#224; tes mamelles superbes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Silence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comment rendre &#224; la fois, dans la courbe de
&lt;br class='autobr' /&gt;
ton bras, le d&#233;sespoir ultime et la force de vivre ?
&lt;br class='autobr' /&gt;
Silence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car ton bras est arm&#233;, car ton (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton152.jpg?1456478135' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='62' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et dis-moi, &#244; N&#233;gresse, les muscles de ton bras furent-ils sculpt&#233;s par les travaux des champs, par les corv&#233;es p&#233;nibles sous le soleil des &#206;les ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou est-ce d'avoir berc&#233;, &#244; m&#232;re g&#233;n&#233;reuse, l'innocence des enfants que tu pensais destin&#233;s &#224; devenir esclaves et que tu nourrissais, &#224; contrec&#339;ur, &#224; tes mamelles superbes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment rendre &#224; la fois, dans la courbe de&lt;br class='autobr' /&gt;
ton bras, le d&#233;sespoir ultime et la force de vivre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ton bras est arm&#233;, car ton bras, c'est la lutte, je voudrais qu'il f&#251;t mien pour lib&#233;rer toutes celles qui comme nous s'&#233;croulent sous tous les jougs du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je voudrais qu'il p&#251;t, si tu me le permets, lever ta main au-dessus de la toile, doucement,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;doucement, comme on caresse l'enfant qui dort : Silence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tiens, l&#224;. Signe l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Salc&#232;de&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;En atelier avec C&#233;cile Portier Le Louvre, 6 janvier 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; partir de : Portrait d'une n&#233;gresse (salon de 1800) H. : 0,81 m. ; L. : 0,65 m. Marie-Guillemine Benoist (1768-1826)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sa main&#8230;</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Sa-main</link>
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		<dc:date>2016-02-26T07:26:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Suze</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Assise sur un tabouret devant la toile, je devine le regard de cette femme. Je me suis attaqu&#233;e &#224; un d&#233;tail d&#233;licat du tableau : sa main. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le tableau est l&#233;g&#232;rement de biais afin que je ne sois pas oblig&#233;e de d&#233;placer mon corps pour regarder minutieusement la forme de sa main en triangle, son poignet jaillissant de sa robe, la position de ses doigts, les ombres port&#233;es sur sa peau color&#233;e. Plong&#233;e dans une concentration extr&#234;me, mes sens semblent se d&#233;cupler &#224; l'infini. Je discerne son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Que-faire-de-la-peau" rel="directory"&gt;Que faire de la peau ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton153.png?1456478237' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='144' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Assise sur un tabouret devant la toile, je devine le regard de cette femme. Je me suis attaqu&#233;e &#224; un d&#233;tail d&#233;licat du tableau : sa main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau est l&#233;g&#232;rement de biais afin que je ne sois pas oblig&#233;e de d&#233;placer mon corps pour regarder minutieusement la forme de sa main en triangle, son poignet jaillissant de sa robe, la position de ses doigts, les ombres port&#233;es sur sa peau color&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plong&#233;e dans une concentration extr&#234;me, mes sens semblent se d&#233;cupler &#224; l'infini. Je discerne son &#233;nergie avec une clairvoyance que je ne peux avoir qu'en des moments pareils. Chaque bruit, chaque souffle parvient &#224; mes oreilles pourvues d'une sensibilit&#233; exacerb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus faible sursaut attire mon regard. Bient&#244;t, le soul&#232;vement de son ventre donne un rythme lancinant au trac&#233; de mon crayon. Je reprends quelques d&#233;tails, le petit doigt se place l&#233;g&#232;rement plus haut. Je marque imperceptiblement quelques nuances de couleur pour la phase d'apr&#232;s, la picturalit&#233;. Je soul&#232;ve les yeux par &#224; coups. Un fil invisible semble me relier &#224; cette main qui, hier encore, n'aurait pu se poser gracieusement sur cette robe pour &#234;tre fix&#233;e &#224; jamais sur la toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma t&#234;te ne bouge pas, seuls mes yeux guident mon geste laissant quelques repentirs. Son poignet d&#233;licat tourne d&#233;licatement sa main. Je regarde intens&#233;ment ce mouvement afin de capter cette d&#233;licatesse qui m'&#233;meut. Dans mon champ de vision, son sein m'appara&#238;t dans le flou. Un malaise, une g&#234;ne contenue s'empare de moi par moment. Je sens, par le fr&#233;missement de sa peau, qu'elle s'en rend compte. D&#233;voiler ce sein n'a pas &#233;t&#233; une mince affaire. Elle ne voulait pas. Il a fallu quelques mots bien plac&#233;s pour lui faire comprendre la symbolique que je voulais y mettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la regarde de temps en temps dans les yeux pour voir si elle se met dans son personnage, comme repr&#233;sentante de la femme noire libre et &#233;mancip&#233;e... Je croise son regard... fugace connexion... elle semble &#224; demi-tranchant.. son &#339;il droit regarde sur le c&#244;t&#233;, au loin comme je lui ai demand&#233;... tandis que son &#339;il gauche ne peut s'emp&#234;cher de me regarder, comme pour me d&#233;fier, ou tenter de prendre confiance... Je n'arrive pas &#224; savoir ce qu'il se passe au fond d'elle... un m&#233;lange de doute, de contenance, de pudeur me met dans une posture tant&#244;t de voyeuse tant&#244;t d'un grand ma&#238;tre effectuant un portrait avant-gardiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je poursuis mon &#339;uvre, cette fois au pinceau fin... je prends mes tubes de peinture &#224; l'huile, du noir, du blanc, du rouge, du jaune, du bleu et commence &#224; effectuer mes m&#233;langes... Je lui demande si elle ne souffre pas trop de l'immobilit&#233; de la posture. Sans r&#233;ponse, je l&#232;ve les yeux et d&#233;couvre un sourire discret et un regard reconnaissant... sa position est d'un calme surprenant... une force, une aura jaillit de tout son &#234;tre et illumine la pi&#232;ce. Je veux capter tout &#231;a... un peu de rouge m&#233;lang&#233; &#224; du jaune, je tourne doucement et un orange appara&#238;t, j'ajoute du noir en petite quantit&#233; afin de trouver la teinte exacte de sa peau. Une couleur chocolat, gourmande voit le jour... j'en mets un peu de c&#244;t&#233; afin de cr&#233;er d'autres nuances... un peu de blanc pour &#233;claircir. Je v&#233;rifie sa main et observe au moins une dizaine de teintes diff&#233;rentes. Je commence par le plus clair, la lumi&#232;re vient &#233;clairer une partie de son index. Je prends le manche du pinceau &#224; bout plat et applique la couleur par touche grossi&#232;re. Son sein d&#233;j&#224; color&#233; a quelques teintes identiques &#224; sa main. Chaque fois que je pose mon regard sur son sein, elle &#233;met un mouvement r&#233;flexe... qu'elle tente de contr&#244;ler... toutes les &#233;motions qu'elle ressent me parviennent sans pouvoir les traduire par des mots... je vis les choses en miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res s&#233;ances &#233;taient charg&#233;es et mon geste un peu f&#233;brile d&#251; &#224; sa nervosit&#233;... petit &#224; petit, j'ai gagn&#233; sa confiance... je crois que peindre son sein a &#233;t&#233; le plus difficile... encore aujourd'hui peindre sa main &#224; c&#244;t&#233; de ce sein bien ferme est une op&#233;ration qui demande du temps... voil&#224; d&#233;j&#224; deux heures que j'applique des touches par p&#226;te &#233;paisse.. heureusement que la peinture &#224; l'huile ne s&#232;che pas instantan&#233;ment... je modifie en permanence les nuances... ses veines sont quasi invisibles... les creux de ses doigts se rapprochent du blanc... mes yeux fatiguent... je sens qu'elle est rentr&#233;e dans un r&#234;ve &#233;veill&#233;, une sorte de transe.... impassible telle une statue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tire le dos... courb&#233;e pendant tout ce temps faisant des va et vient d'avant en arri&#232;re... elle me regarde... ses sourcils se soul&#232;vent comme pour me demander si la s&#233;ance est termin&#233;e pour aujourd'hui... je fais un l&#233;ger mouvement de la t&#234;te... et avec une lenteur m&#233;lodieuse, son corps reprend peu &#224; peu vie... sa main droite se soul&#232;ve et dans cette danse voluptueuse, elle soul&#232;ve son &#233;paule pour remonter sa robe et cacher son sein... chaque partie de son corps se met &#224; bouger l'une apr&#232;s l'autre.. son corps r&#233;veill&#233;, elle se l&#232;ve, me fait une r&#233;v&#233;rence, me dit &#171; &#224; demain &#187; et s'en va avec une prestance toujours plus affirm&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon tour, les membres de mon propre corps se r&#233;veillent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille Suze&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;En atelier avec C&#233;cile Portier Le Louvre, 6 janvier 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; partir de : Portrait d'une n&#233;gresse (salon de 1800) H. : 0,81 m. ; L. : 0,65 m. Marie-Guillemine Benoist (1768-1826)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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