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	<title>&#192; Louvre Ouvert</title>
	<link>https://relire.net/louvre-ouvert/</link>
	<description>Avec une excursion au Grand Palais : Bill Viola. Se rep&#233;rer dans le Mus&#233;e.</description>
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		<title>Je vis, je meurs ; je me br&#251;le et me noie</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Je-vis-je-meurs-je-me-brule-et-me-noie</link>
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		<dc:date>2014-05-06T12:07:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Blandine Guillemot</dc:creator>


		<dc:subject>Bill Viola</dc:subject>
		<dc:subject>Man Searching for Immortality / Woman Searching for Eternity</dc:subject>
		<dc:subject>Tristan's Ascension</dc:subject>
		<dc:subject>celles qui enlacent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; propos de Bill Viola, Tristan's ascension et Fire Woman, &#224; partir d'une proposition de Joachim S&#233;n&#233; de textes en miroir&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Atelier-11-Viola-1-rencontre-rencontre-manquee" rel="directory"&gt;Atelier 11 (Viola #1, rencontre - rencontre manqu&#233;e)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Bill-Viola" rel="tag"&gt;Bill Viola&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Man-Searching-for-Immortality-Woman-Searching-for-Eternity" rel="tag"&gt;Man Searching for Immortality / Woman Searching for Eternity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Tristan-s-Ascension" rel="tag"&gt;Tristan's Ascension&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/celles-qui-enlacent" rel="tag"&gt;celles qui enlacent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton119.jpg?1399403686' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;courier&#034;&gt;
Je suis le feu, je m'&#233;lance, je m'&#233;l&#232;ve doucement, je baille, je suis la vie. &#201;tendard aux vives couleurs rubis, mes flammes l&#232;chent ton c&#339;ur, l'assaillent, le prennent d'assaut. Je suis le feu, feu follet, enthousiasme, extase, lueurs, j'&#233;tincelle et ravit. Je fais du feu, j'envahis l'espace de mes flammes, de mes escadrons d'&#233;tincelles. J'&#233;l&#232;ve mes flammes trism&#233;gistes, je te domine de mon ardente fureur. J'embrase le monde, je d&#233;vore l'espace, le saccage, le d&#233;truit. Flamme vive, ardeur, d&#233;sir, moteur &#224; explosion, j'irradie, je prolif&#232;re. Personne ne peut arr&#234;ter mon embrasement destructeur. Mes flammes viennent consumer tes r&#234;ves. Elles t'enlacent, te craqu&#232;lent, te calcinent, te r&#233;duisent &#224; n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;courier&#034;&gt;
Je suis l'eau, j'enveloppe ton corps. Il perd ses rep&#232;res, il quitte son lopin de terre, gagne l'infini. Je noie tes chagrins, je lib&#232;re ta peau, je lave ton esprit. Je te tends les bras, te happe, t'engloutit, t'arrache &#224; la rive, te soul&#232;ve, t'emporte dans mes profondeurs. A ma surface, tu planes. Dans mes limbes, tu te glisses, te contorsionnes, fais la toupie. Tu oublies ta nature d'homme, tu rugis de plaisir, de peur. Je brouille tes rep&#232;res, te purifie. J'abolis tes douleurs. Salve de gouttes, voile, illusion, je suis la fronti&#232;re au-del&#224; de laquelle tu aimes &#224; te penser, libre. Je suis la palpitation de l'infini, l'infime tremblement du temps. Je te lib&#232;re des pens&#233;es qui toujours t'agitent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L386xH500/g_grandpalais14billviola04b-4b67f.jpg?1399403571' width='386' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Etait-ce l'&#233;t&#233;</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Etait-ce-l-ete</link>
		<guid isPermaLink="true">http://relire.net/louvre-ouvert/Etait-ce-l-ete</guid>
		<dc:date>2014-03-04T14:35:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luc Dall'Armellina</dc:creator>


		<dc:subject>anonyme</dc:subject>
		<dc:subject>Salle des Caryatides</dc:subject>
		<dc:subject>Celle qui doute</dc:subject>
		<dc:subject>celles qui enlacent</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aphrodite trouv&#233;e en mer, anonyme, mus&#233;e du Louvre, salle des Caryatides Etre touch&#233;, je suis un &#234;tre touch&#233;, par elle beaucoup, par touches. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu me comprendras sans doute. J'ai comme toi quelques marques, dans le dos, l&#224; o&#249; je ne peux pas voir, l&#224; o&#249; son attention se porte, l&#224; o&#249; son regard se pose et me fabrique. Elle me parcourt en g&#233;ographe. De ses mains chaudes et lisses, de ses doigts aux mouvements brefs. Animale inqui&#232;te. Elle me parcourt &#224; son rythme, foulant ma carte, tant&#244;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Atelier-4-Caryatides" rel="directory"&gt;Atelier 4 (Caryatides)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/anonyme" rel="tag"&gt;anonyme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Salle-des-Caryatides" rel="tag"&gt;Salle des Caryatides&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Celle-qui-doute" rel="tag"&gt;Celle qui doute&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/celles-qui-enlacent" rel="tag"&gt;celles qui enlacent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton69.jpg?1397167274' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_72 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/img_0366-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/img_0366-2.jpg?1397167477' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aphrodite trouv&#233;e en mer, anonyme, mus&#233;e du Louvre, salle des Caryatides&lt;/p&gt;
&lt;p /&gt;
Etre touch&#233;, je suis un &#234;tre touch&#233;, par elle beaucoup, par touches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me comprendras sans doute. J'ai comme toi quelques marques, dans le dos, l&#224; o&#249; je ne peux pas voir, l&#224; o&#249; son attention se porte, l&#224; o&#249; son regard se pose et me fabrique. Elle me parcourt en g&#233;ographe. De ses mains chaudes et lisses, de ses doigts aux mouvements brefs. Animale inqui&#232;te. Elle me parcourt &#224; son rythme, foulant ma carte, tant&#244;t avec, m&#233;lancolie, tant&#244;t avec force, et puis, l'&#233;puisement toujours arrive, et la tendresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu vois, rien que tu ne connaisses pas, rien de nouveau pour toi j'imagine. Ton corps de pierre, pardon, mais c'est ainsi qu'il se donne &#224; voir, et pour qui sait attendre, ton corps de r&#234;ve, appelle le sien, dont j'ai perdu l'intimit&#233;, mais qui persiste un peu partout en moi, &#231;a et l&#224;. J'ai sa carte moi aussi, au bout de mes doigts, une bien pauvre carte, lacunaire, ajour&#233;e. Ce grain de beaut&#233; qu'elle a solitaire, au pli de l'aine, comme je l'ai choy&#233;, la courbe unique de sa nuque, sa voix nue, le d&#233;licieux pourtour de son nombril, je m'y suis attard&#233; tant de nuits...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me comprendras sans doute, toi qui passa des si&#232;cles sous le regard des Grecs, et encore quelques uns en compagnie des Hypocampes, des Belugas, des Rougets, l&#224;-bas dans les eaux profondes. Etait-ce en mer Eg&#233;e ? Qui t'a enlev&#233;e ? Quel amoureux t'a ravie &#224; ton temple ? Dans quelle bataille, quelle temp&#234;te votre bateau a-t-il sombr&#233; ? Etait-ce la nuit ? Etait-ce l'&#233;t&#233; ? Et ton buste, ta t&#234;te ? Qui les contemple aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta main, longue, &#233;troite, retenant ton manteau, c'est &#224; peine si&#8230; ou bien est-ce la sienne ? Tu as ce pouvoir de la faire appara&#238;tre, pour moi. Tu es bien la d&#233;esse qu'on dit, Aphrodite engloutie. Je la vois et la reconnais, sa fa&#231;on pudique de me cacher son origine du monde, me l'offrant pourtant par ses doigts entrouverts, myst&#232;re jamais &#233;lucid&#233;. Je ferme les yeux, sa main, j'en &#233;prouve encore la chaleur, au point de son contact, l&#224;, entre mes reins, sa main de lave et de lait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#224; propos d'Aphrodite trouv&#233;e en mer, (mus&#233;e du Louvre, salle des Caryatides). &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte &#233;crit pendant la s&#233;ance d'&#233;criture avec C&#233;cile Portier, reprises l&#233;g&#232;res ensuite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avec les yeux</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Avec-les-yeux</link>
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		<dc:date>2014-01-18T08:08:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>


		<dc:subject>Guiseppe Penone</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;gine D&#233;tambel</dc:subject>
		<dc:subject>Salle des Caryatides</dc:subject>
		<dc:subject>Aphrodite accroupie</dc:subject>
		<dc:subject>celles qui touchent</dc:subject>
		<dc:subject>celles qui enlacent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au mus&#233;e on &lt;i&gt;touche seulement avec les&lt;/i&gt; yeux. C'est ce qu'on dit, comme dans les p&#226;tisseries.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Journaux-du-Louvre" rel="directory"&gt;Journaux du Louvre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Guiseppe-Penone" rel="tag"&gt;Guiseppe Penone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Regine-Detambel" rel="tag"&gt;R&#233;gine D&#233;tambel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Salle-des-Caryatides" rel="tag"&gt;Salle des Caryatides&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Aphrodite-accroupie" rel="tag"&gt;Aphrodite accroupie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/celles-qui-touchent" rel="tag"&gt;celles qui touchent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/celles-qui-enlacent" rel="tag"&gt;celles qui enlacent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton20.jpg?1397167290' class='spip_logo spip_logo_right' width='143' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au mus&#233;e on &lt;i&gt;touche seulement avec les&lt;/i&gt; yeux. C'est ce qu'on dit, comme dans les p&#226;tisseries. Cette expression m'interpelle, &#224; cause de cet adverbe, seulement, qui classe le regard comme une autre mani&#232;re de toucher, une moindre mani&#232;re de toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; cette expression de &#171; regard tactile &#187;. &#192; cette exp&#233;rience que nous avons tous fait, de regarder quelqu'un de dos, et qu'il se retourne, comme si r&#233;ellement il avait senti quelque chose. Nous nous sommes tous retourn&#233;s aussi, sous la pression d'un regard pos&#233; sur nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard tactile, c'est le nom d'un livre de Guiseppe Penone. C'est tr&#232;s parlant que ce soit un sculpteur qui ait &#233;prouv&#233; le besoin d'employer cette expression. Le regard non seulement touche mais il transforme, mod&#232;le la mati&#232;re m&#234;me de ce qu'il fait appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L447xH366/Penone1-b087ecf9-25f32.jpg?1760436689' alt='' width='447' height='366' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Guiseppe Penone a r&#233;alis&#233; cette oeuvre, &lt;i&gt;Il continuera sa croissance sauf &#224; cet endroit&lt;/i&gt;. Il est venu accrocher, au tronc d'un arbre, sa main, plus exactement son truchement, sa main moul&#233;e, en bronze. Sa main d'artiste en quelque sorte, celle qui saura tenir longtemps. Ensuite il laisse le temps jouer. L'arbre croit, par sa p&#233;riph&#233;rie. Il croit de partout, sauf &#224; cet endroit de la strangulation, de l'&#233;treinte, que Penone a impos&#233; &#224; l'arbre pour lui donner une autre forme (forme qui n'est jamais que le souvenir, la trace d'un geste de toucher qui, par l'intervention de sa main d'artiste, dure longtemps).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous donne t-il avec cette oeuvre ? Il nous met en pr&#233;sence d'un geste. Un geste qui est &#224; la fois de d&#233;vouement (il donne quand m&#234;me sa main !), et de pr&#233;dation. En tout cas, d'alt&#233;ration. Alt&#233;rer pour faire appara&#238;tre. Sans ce geste qui vient contrarier en partie la croissance de l'arbre, on prendrait l'arbre pour une chose, pos&#233;e dans le monde, statique. Sauf &#224; le d&#233;couper on ne verrait pas comme il bouge. On ne verrait que sa forme et non pas son mouvement. On oublierait que la forme de l'arbre, la forme de tout &#234;tre, est un devenir. Ce geste d'&#233;treindre nous donne aussi &#224; voir, dans le temps, la r&#233;ciprocit&#233; de tout contact. Car la main attrape l'arbre, mais l'arbre, plus longuement, r&#233;ussira &#224; engloutir la main, si bien qu'&#224; la fin on ne saura plus qui ench&#226;sse l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Touchons-nous mutuellement pour nous sentir grandir.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis cela aussi qui est important : c'est la main de l'artiste qui serre, et pourtant ce n'est pas sa main. Ce qui est &#224; l'oeuvre c'est une sorte d'implication m&#233;diatis&#233;e, qui est une fiction, non pas dans le sens que ce serait faux, mais dans le sens que c'est un geste pens&#233;, et donc plus intense que ces gestes que nous faisons machinalement pour vivre et nous mouvoir (la fiction, l'art, ce sont les gestes que nous faisons pour nous &#233;mouvoir &#8211; faire ces mouvements qui nous font devenir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est un d&#233;tour. Un d&#233;tour pour revenir au mus&#233;e, interroger cette injonction qui nous est tacitement faite de toucher seulement avec les yeux. Cette premi&#232;re s&#233;ance d'atelier j'ai voulu qu'elle ait lieu dans la salle des sculptures dite des caryatides, pour le d&#233;sir fort qui m'avait pris un jour dans cette salle, &#224; regarder les corps expos&#233;s, de les toucher. Toucher, pas s'emparer. Toucher comme caresser. Toucher finalement, tr&#232;s diff&#233;remment d'en p&#226;tisserie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce que &#231;a bien vouloir dire, cette id&#233;e de toucher des formes, quand la mati&#232;re n'est pas celle que la forme promet ? La chair s'est absent&#233;e. Et les marbres qu'on peut admirer au Louvre dans cette salle magnifique ne sont eux-m&#234;mes que les copies, les t&#233;moignages d'autres, plus anciens, disparus.&lt;br class='autobr' /&gt;
On dirait que cette question me travaille beaucoup, cette question de savoir ce qui se transmet dans le temps et l'espace entre des corps absents, cette question de savoir comment r&#233;inventer une pr&#233;sence, pour aujourd'hui, qui sache se jouer de ce qui nous &#233;loigne les uns des autres, en faisant du langage un v&#233;hicule qui ne soit pas que d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(C'est comme si nous avions &#224; nous d&#233;-m&#233;duser, nous lib&#233;rer de ce qui nous p&#233;trifie, en r&#233;inventant un regard aimant)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/distant/jpg/IMG_3357-1024x10-1cd5246c.jpg?1397167615' alt='' width='500' height='500' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette salle il y a l'hermaphrodite endormi, &#224; l'ambigu&#239;t&#233; composite (dans son corps m&#234;me, mais aussi dans son apparat &#8211; le matelas de marbre, follement moelleux, sur laquelle repose le corps est l'oeuvre du Bernin, quand la statue elle-m&#234;me est du II&#232;me si&#232;cle apr&#232;s JC.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_24 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/distant/jpg/IMG_3340-1024x10-a757c029.jpg?1397167615' alt='' width='500' height='500' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a surtout, il y avait, car lors de l'atelier d'&#233;criture elle n'y &#233;tait pas (pr&#234;t&#233;e sans doute ? Toujours est-il que cette absence m'a fait sourire, tellement elle faisait &#233;cho &#224; mon projet) une Aphrodite accroupie, manquante en de nombreux endroits d'elle-m&#234;me. Et au dos de cette Aphrodite, une main. Une petite main d'Eros, vestige d'un contact ancien, toujours actif. Ou alors, manifestation du regard tactile. Le corps d'enfant qui prolongeait cette main n'y est plus. La main elle-m&#234;me est frapp&#233;e de fiction : la notice de l'oeuvre indique qu'il n'est pas certain que la statue originelle d'Aphrodite dont cette sculpture est la copie ait &#233;t&#233;, elle, ainsi accompagn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_25 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/distant/png/Main-979x1024-6f867617.png?1397167619' alt='' width='500' height='523' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette petite main d'Eros, j'en avais fait connaissance avant celle de Penone. Main de pr&#233;dation, de qu&#233;mande ou de protection ? Elle d&#233;finit, en tout cas, une &lt;i&gt;zone de sensibilit&#233;&lt;/i&gt;. Celle qui pr&#233;cis&#233;ment m'int&#233;resse dans l'acte d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma proposition d'&#233;criture, ce jour l&#224; fut celle-l&#224;. Que chacun &#233;lise une statue et un endroit pr&#233;cis du corps repr&#233;sent&#233;. Pas plus que la taille d'une paume. Et que chacun la touche avec les yeux, avec toute l'intensit&#233; qu'il est possible de mettre dans un geste pens&#233;, un geste d'&#233;motion. Qu'en un mot, chacun vienne poser sa main d'&#233;criture, cette fiction active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est un tr&#232;s ancien genre qui s'attache &#224; &#233;crire le corps par fragment &#224; glorifier, &#224; aimer. Nous avons r&#233;investi le genre du blason, comme l'a fait aussi R&#233;gine D&#233;tambel dans son tr&#232;s beau &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501188/blasons-d-un-corps-masculin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blasons d'un corps masculin&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. De ce livre, j'ai lu en s&#233;ance ce passage &#171; Un jour, il lui dit qu'elle aura beau le regarder, le d&#233;vorer, l'inspecter, le toiser, le mirer comme un &#339;uf et lui scruter les lobes d'oreille, lui sonder les orbites, elle ne le poss&#233;dera jamais tout entier et devra se contenter de ces petits larcins, ces parcelles, ce grappillage mesquin. Elle lui r&#233;pond qu'elle le regarde pour qu'il continue &#224; penser &#224; elle, qu'il ne disparaisse pas. Elle craint, s'il vieillissait maintenant, si, du jour au lendemain, il n'&#233;tait plus, de n'avoir pas su garder en m&#233;moire son aura, sa lumi&#232;re, sa couleur et tout ce qui &#233;mane de sa fa&#231;on de souffler et de porter ses v&#234;tements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre jour, elle dit : Je te picore comme un tableau qu'on ne peut pas sortir du mus&#233;e o&#249; il est si bien gard&#233;, et dont on veut pourtant se souvenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Mani&#232;re de dire, que si c'est bien un regard de d&#233;tail que je requiers, c'est pour d&#233;faire le travail des Erynies comme celui de M&#233;duse, c'est pour recollecter ce qui de nous s'&#233;parpille, par le temps, le mauvais temps &#8211; pens&#233;e pour les statues amput&#233;es, &#233;mouss&#233;es).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; d'abord sur &lt;a href=&#034;http://petiteracine.net/wordpress/2013/12/avec-les-yeux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://petiteracine.net/wordpress/2013/12/avec-les-yeux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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