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	<title>&#192; Louvre Ouvert</title>
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	<description>Avec une excursion au Grand Palais : Bill Viola. Se rep&#233;rer dans le Mus&#233;e.</description>
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		<title>Sensible, sans cible</title>
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		<dc:date>2014-03-28T14:36:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>


		<dc:subject>quelqu'un crie</dc:subject>
		<dc:subject>Sassetta</dc:subject>
		<dc:subject>Le bienheureux Ranieri d&#233;livre les pauvres d'une prison de Florence</dc:subject>
		<dc:subject>Henri Michaux</dc:subject>
		<dc:subject>Fra Bartolomeo</dc:subject>
		<dc:subject>Carlo Brascesco</dc:subject>
		<dc:subject>Giotto di Bondone</dc:subject>
		<dc:subject>Noli me tangere</dc:subject>
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		<dc:subject>La stigmatisation de Saint-Fran&#231;ois </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Retour sur le second atelier d'&#233;criture propos&#233; par C&#233;cile Portier&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/La-stigmatisation-de-Saint-Francois" rel="tag"&gt;La stigmatisation de Saint-Fran&#231;ois &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton89.jpg?1397167263' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lors de la &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/Avec-les-yeux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premi&#232;re s&#233;ance&lt;/a&gt; nous avions travaill&#233; la question du toucher. Plus exactement, le d&#233;fi de toucher sans la peau, de r&#233;investir le sensible tel qu'il s'exerce dans la caresse, quand celle-ci n'a pas lieu. Et consid&#233;rer que ce non lieu est le lieu d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions fait cela, apposer de l'&#233;criture comme si c'&#233;tait notre propre main, sur des corps, des corps que par d&#233;finition nous laisserions de marbre. Et l'impossible ne nous avait pas d&#233;courag&#233;s. Car nous qui &#233;crivions, nous &#233;tions vivants, nous nous exercions &#224; penser nos caresses d'&#233;criture pour les vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, c'&#233;tait bien, devant nous, des corps de marbre. Des sculptures, n&#233;es d'un travail particulier de la mati&#232;re, un travail de renoncement pourrait-on dire. Ce qu'on enl&#232;ve &#224; un bloc plein, ce qu'on soustrait, voil&#224; ce qui donne forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Et j'aimais particuli&#232;rement cette aisselle, et la coupelle qui lui faisait &#233;cho, comme manifestation de ce travail d'&#233;videment).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_84 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/vide_louvre_aisselle.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/vide_louvre_aisselle.jpg?1397167605' width='500' height='726' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or, &#233;crire aussi est une abstraction, on prend la mati&#232;re de ce qu'on vit, on en enl&#232;ve pour faire une forme. Ce qui est tu, voila ce qui fait la forme .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de l'abstraction et du vide, quel rapport a t-elle avec celle, sensible, charnelle, de se savoir tactile ? Le rapport, c'est le constat que nous vivons s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes, par la conscience, s&#233;par&#233;s les uns des autres, s&#233;par&#233;s de nous-m&#234;mes et du monde. Entre, se d&#233;ploie l'infinie disponibilit&#233; du vide, comme un possible qui ne r&#233;pondrait jamais - un espace pour la pens&#233;e. Un espace pour la pens&#233;e en tant qu'elle serait &#224; la fois la r&#233;solution et l'&#233;chec de notre besoin d'&#234;tre unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et la pens&#233;e ne suffit pas, la pens&#233;e s'exprime en langue. La langue est la capacit&#233;, ancr&#233;e dans la chair, &#224; articuler des signes visibles ou des sons avec du sens. La langue est l'instauration d'un rapport sensible entre des &#234;tres tellement s&#233;par&#233;s les uns des autres qu'ils peuvent ne pas du tout se conna&#238;tre, et &#234;tre pourtant r&#233;ciproquement touch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, pour parler de notre condition, humaine. Mais qu'en est-il de notre conditionnement social, ou pour le dire autrement, de civilisation, mais aussi d'&#233;poque ? Quelle strat&#233;gie de langue pouvons nous d&#233;ployer pour devoyer les m&#233;canismes &#224; l'oeuvre aujourd'hui qui nous maintiennent encore plus s&#233;par&#233;s les uns des autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces questions qui me travaillent en ce moment, dans ma vie d'&#233;criture, dans ma vie tout court. J'y ai apport&#233; souvent de mauvaises r&#233;ponses. Mais je ne peux pas penser que la question soit mauvaise pour autant. Et surtout, je ne peux pas travailler, dans cet espace d'atelier d'&#233;criture, d'autres questions que celles qui me travaillent personnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, j'ai propos&#233; aux participants un parcours en quatre tableaux, le dernier devant servir de support d'&#233;criture, en ayant en t&#234;te les trois premiers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_87 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/noli_me_tangere.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/noli_me_tangere.jpg?1397167514' width='500' height='642' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Premier tableau : ce Noli me tangere de Fra Bartolomeo. Une mise en sc&#232;ne de la mise &#224; distance. Mise &#224; distance renforc&#233;e par les dispositifs mus&#233;ographiques : cordelette interdisant de trop se rapprocher du tableau, vitre pos&#233;e devant la peinture, dans laquelle on se voit r&#233;fl&#233;chi (dans les deux sens du terme). Bien s&#251;r il y a dans ce tableau, dans l'&#233;pisode de l'apparition du Christ &#224; Marie-Madeleine tel qu'il fut longtemps interpr&#233;t&#233; par l'&#233;glise, toute la mise en oeuvre de la disjonction entre voir et toucher, l'id&#233;e que la r&#233;v&#233;lation ne peut advenir par la chair, impure. Corps de Marie-Madeleine, touch&#233;, touchant, vs corps de lumi&#232;re du Christ, qu'on ne peut qu'admirer. Et comment nous avons bascul&#233; dans un r&#233;gime du voir tout puissant, dont le Louvre serait un des temples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des d&#233;tails disent autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre J&#233;sus et Marie-madeleine, &#224; leurs pieds, est pos&#233;e une urne. Quelque chose d'&#233;vid&#233; , con&#231;u pour recevoir, contenir. Que contient-elle ? Du baume ? Elle contient en tout cas notre pens&#233;e qui s'y engouffre, comme dans tout vide laiss&#233;. Elle contient possiblement une pens&#233;e, une pens&#233;e qui soit du baume, qui puisse soulager la tristesse du renoncement, consoler de cette n&#233;cessit&#233; : ne pas chercher &#224; retenir ce qu'on aime, au risque sinon de substituer la consommation &#224; l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_88 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L374xH551/dsc_1079-1-1-bfdc3.jpg?1397204599' width='374' height='551' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me d&#233;tail, la main de Marie Madeleine. L'effet de perspective fait que, m&#234;me si nous savons qu'elle ne le touche pas, sur la peinture le bout de ses doigts est en contact avec la manche du Christ.. Du point de vue de la peinture ils sont sur la m&#234;me surface, du point de vue de l'histoire ils sont s&#233;par&#233;s, car ils ne sont pas sur le m&#234;me plan. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux d&#233;tails me font penser cela, que le vide entre nous peut &#234;tre investi d'une pens&#233;e, autre que la conscience de notre solitude, de notre finitude, et qui puisse nous unir sans nous retenir. Cette pens&#233;e n'est ni magique, ni religieuse. Elle est po&#233;tique, elle est politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_86 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L492xH666/annonciation-ed8a5.jpg?1397204599' width='492' height='666' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me tableau : l'Annonciation de Carlo Bracesco. Mise en pr&#233;sence de Marie avec l'Ange, une nu&#233;e grise et oblique cherche &#224; atteindre la Vierge. On dirait un r&#233;acteur. Pour quelle r&#233;action ? Sur le visage de Marie, jusque-l&#224; intouch&#233;e, on lit une peur, une tr&#232;s grande peur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_85 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/giotto_franc_ois1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L432xH800/giotto_franc_ois1-c6b7e.jpg?1397204599' width='432' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me tableau : la stigmatisation de Saint-Fran&#231;ois d'Assise par Giotto di Bondone.. Une perspective en vertige. Une sorte d'&#233;criture &#224; m&#234;me la chair, mais en wifi. La souffrance et l'inscription pour nous avertir de cela : si tu ne re&#231;ois pas la parole dans ta chair m&#234;me, tu ne re&#231;ois rien (et ceci non plus n'est pas &#224; entendre dans un sens religieux).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_83 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/sassetta_-_the_blessed_ranieri_frees_the_poors_from_a_jail_florence_-_louvre.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/sassetta_-_the_blessed_ranieri_frees_the_poors_from_a_jail_florence_-_louvre.jpg?1397167602' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivions au tableau final, dont j'avais demand&#233; qu'on cache le cartel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux participants, j'ai fait lire le texte d'&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article644&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Henri Michaux, L'&#233;poque des illumin&#233;s&lt;/a&gt;. Et je leur ai ensuite demand&#233; d'&#233;crire sur ce tableau, en pensant aux trois autres vus avant o&#249; se manifeste, en peinture, l'invisible, l'invisible pens&#233;e aux pouvoirs si effectifs. Je leur ai demand&#233; aussi d'avoir en t&#234;te le ton de v&#233;h&#233;mence proph&#233;tique de Michaux, et sa tr&#232;s grande force de lib&#233;ration, qui n'est jamais &#224; confondre avec l'espoir. Je leur ai prononc&#233; aussi ce mot de panique. Et j'ai dit cela aussi, que je venais d'apprendre que le mot &#233;motion n'a pas toujours qualifi&#233; seulement nos affects intimes, qu'il a d&#233;sign&#233; aussi, longtemps, les mouvements collectifs, les &#233;meutes. Je leur ai demand&#233; enfin, de ne pas se faire prendre au pi&#232;ge du magique, du religieux, de l'anciennet&#233; du contexte dans lequel le tableau a &#233;t&#233; peint. Leur ai demand&#233; d'&#233;crire un texte qui ait un pouvoir effectif sur eux aujourd'hui, sur nous aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'ils &#233;crivaient j'avais peur un peu de les avoir &#233;gar&#233;s. Je ne savais tellement pas moi-m&#234;me vers o&#249; je les avais embarqu&#233;. J'avais pris des risques, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il faut maintenant que je dise cela, que je me donne &#224; moi-m&#234;me des &#233;nigmes, et que je n'ai que cela &#224; partager. )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'ils &#233;crivaient j'ai regard&#233; cette image si concordante avec le personnage du Saint, du messager volant immobile dans le ciel. Je leur ai montr&#233; cette image ( Astro le petit robot -mani&#232;re de d&#233;sacraliser).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'ils &#233;crivaient j'ai regard&#233; mieux encore le tableau, gr&#226;ce &#224; nos &#233;changes. J'ai vu le ciel en or, le ciel en feu. J'ai mieux vu l'immensit&#233; des murs peints, le gigantesque bloc abstrait mangeant plus de la moiti&#233; du tableau. Minimal monument qui ob&#232;re tout. Tant de blanc nous entoure, nous bouche. Et ce n'est pas par la porte qu'on pourra s'enfuir, il faudra organiser des perc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'ils &#233;crivaient je me suis repos&#233; cette question : mais de quoi sommes nous prisonniers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait temps que je d&#233;couvre le titre du tableau, peint par Sasseta : Le bienheureux Ranieri d&#233;livre les pauvres d'une prison. Et pourquoi &#233;taient-ils enferm&#233;s ces pauvres gens ? Parce qu'ils avaient des dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nos dettes nous enferment. Pas seulement celles d'argent. Toutes les sortes d'impuissance que nous avons &#224; nous rendre quitte de notre pass&#233;. De notre pass&#233; individuel, mais aussi collectif. Car, comment construire l'avenir si nous sommes submerg&#233;s de dettes &#224; rembourser, dont les int&#233;r&#234;ts grossissent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui peut nous en lib&#233;rer, c'est une parole qui n'a pas peur du vide entre nous. Une parole effective, c'est &#224; dire po&#233;tique, politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais peur quand ils &#233;crivaient de les avoir &#233;gar&#233;s. De les avoir tellement entra&#238;n&#233; dans mes propres questions qui sont des &#233;nigmes &#224; moi-m&#234;me aussi, que de cela ils ne pourraient rien en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ils ont lu leurs textes. Et j'ai &#233;t&#233; boulevers&#233;e de voir &#224; quel point ils avaient pu &#233;crire pour eux-m&#234;mes et pour nous tous des textes puissants. Des textes pour maintenant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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