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	<title>&#192; Louvre Ouvert</title>
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	<description>Avec une excursion au Grand Palais : Bill Viola. Se rep&#233;rer dans le Mus&#233;e.</description>
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		<title>Sa main&#8230;</title>
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		<dc:date>2016-02-26T07:26:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Suze</dc:creator>



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&lt;p&gt;Assise sur un tabouret devant la toile, je devine le regard de cette femme. Je me suis attaqu&#233;e &#224; un d&#233;tail d&#233;licat du tableau : sa main. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le tableau est l&#233;g&#232;rement de biais afin que je ne sois pas oblig&#233;e de d&#233;placer mon corps pour regarder minutieusement la forme de sa main en triangle, son poignet jaillissant de sa robe, la position de ses doigts, les ombres port&#233;es sur sa peau color&#233;e. Plong&#233;e dans une concentration extr&#234;me, mes sens semblent se d&#233;cupler &#224; l'infini. Je discerne son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Que-faire-de-la-peau" rel="directory"&gt;Que faire de la peau ?&lt;/a&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Assise sur un tabouret devant la toile, je devine le regard de cette femme. Je me suis attaqu&#233;e &#224; un d&#233;tail d&#233;licat du tableau : sa main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau est l&#233;g&#232;rement de biais afin que je ne sois pas oblig&#233;e de d&#233;placer mon corps pour regarder minutieusement la forme de sa main en triangle, son poignet jaillissant de sa robe, la position de ses doigts, les ombres port&#233;es sur sa peau color&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plong&#233;e dans une concentration extr&#234;me, mes sens semblent se d&#233;cupler &#224; l'infini. Je discerne son &#233;nergie avec une clairvoyance que je ne peux avoir qu'en des moments pareils. Chaque bruit, chaque souffle parvient &#224; mes oreilles pourvues d'une sensibilit&#233; exacerb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus faible sursaut attire mon regard. Bient&#244;t, le soul&#232;vement de son ventre donne un rythme lancinant au trac&#233; de mon crayon. Je reprends quelques d&#233;tails, le petit doigt se place l&#233;g&#232;rement plus haut. Je marque imperceptiblement quelques nuances de couleur pour la phase d'apr&#232;s, la picturalit&#233;. Je soul&#232;ve les yeux par &#224; coups. Un fil invisible semble me relier &#224; cette main qui, hier encore, n'aurait pu se poser gracieusement sur cette robe pour &#234;tre fix&#233;e &#224; jamais sur la toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma t&#234;te ne bouge pas, seuls mes yeux guident mon geste laissant quelques repentirs. Son poignet d&#233;licat tourne d&#233;licatement sa main. Je regarde intens&#233;ment ce mouvement afin de capter cette d&#233;licatesse qui m'&#233;meut. Dans mon champ de vision, son sein m'appara&#238;t dans le flou. Un malaise, une g&#234;ne contenue s'empare de moi par moment. Je sens, par le fr&#233;missement de sa peau, qu'elle s'en rend compte. D&#233;voiler ce sein n'a pas &#233;t&#233; une mince affaire. Elle ne voulait pas. Il a fallu quelques mots bien plac&#233;s pour lui faire comprendre la symbolique que je voulais y mettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la regarde de temps en temps dans les yeux pour voir si elle se met dans son personnage, comme repr&#233;sentante de la femme noire libre et &#233;mancip&#233;e... Je croise son regard... fugace connexion... elle semble &#224; demi-tranchant.. son &#339;il droit regarde sur le c&#244;t&#233;, au loin comme je lui ai demand&#233;... tandis que son &#339;il gauche ne peut s'emp&#234;cher de me regarder, comme pour me d&#233;fier, ou tenter de prendre confiance... Je n'arrive pas &#224; savoir ce qu'il se passe au fond d'elle... un m&#233;lange de doute, de contenance, de pudeur me met dans une posture tant&#244;t de voyeuse tant&#244;t d'un grand ma&#238;tre effectuant un portrait avant-gardiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je poursuis mon &#339;uvre, cette fois au pinceau fin... je prends mes tubes de peinture &#224; l'huile, du noir, du blanc, du rouge, du jaune, du bleu et commence &#224; effectuer mes m&#233;langes... Je lui demande si elle ne souffre pas trop de l'immobilit&#233; de la posture. Sans r&#233;ponse, je l&#232;ve les yeux et d&#233;couvre un sourire discret et un regard reconnaissant... sa position est d'un calme surprenant... une force, une aura jaillit de tout son &#234;tre et illumine la pi&#232;ce. Je veux capter tout &#231;a... un peu de rouge m&#233;lang&#233; &#224; du jaune, je tourne doucement et un orange appara&#238;t, j'ajoute du noir en petite quantit&#233; afin de trouver la teinte exacte de sa peau. Une couleur chocolat, gourmande voit le jour... j'en mets un peu de c&#244;t&#233; afin de cr&#233;er d'autres nuances... un peu de blanc pour &#233;claircir. Je v&#233;rifie sa main et observe au moins une dizaine de teintes diff&#233;rentes. Je commence par le plus clair, la lumi&#232;re vient &#233;clairer une partie de son index. Je prends le manche du pinceau &#224; bout plat et applique la couleur par touche grossi&#232;re. Son sein d&#233;j&#224; color&#233; a quelques teintes identiques &#224; sa main. Chaque fois que je pose mon regard sur son sein, elle &#233;met un mouvement r&#233;flexe... qu'elle tente de contr&#244;ler... toutes les &#233;motions qu'elle ressent me parviennent sans pouvoir les traduire par des mots... je vis les choses en miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res s&#233;ances &#233;taient charg&#233;es et mon geste un peu f&#233;brile d&#251; &#224; sa nervosit&#233;... petit &#224; petit, j'ai gagn&#233; sa confiance... je crois que peindre son sein a &#233;t&#233; le plus difficile... encore aujourd'hui peindre sa main &#224; c&#244;t&#233; de ce sein bien ferme est une op&#233;ration qui demande du temps... voil&#224; d&#233;j&#224; deux heures que j'applique des touches par p&#226;te &#233;paisse.. heureusement que la peinture &#224; l'huile ne s&#232;che pas instantan&#233;ment... je modifie en permanence les nuances... ses veines sont quasi invisibles... les creux de ses doigts se rapprochent du blanc... mes yeux fatiguent... je sens qu'elle est rentr&#233;e dans un r&#234;ve &#233;veill&#233;, une sorte de transe.... impassible telle une statue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tire le dos... courb&#233;e pendant tout ce temps faisant des va et vient d'avant en arri&#232;re... elle me regarde... ses sourcils se soul&#232;vent comme pour me demander si la s&#233;ance est termin&#233;e pour aujourd'hui... je fais un l&#233;ger mouvement de la t&#234;te... et avec une lenteur m&#233;lodieuse, son corps reprend peu &#224; peu vie... sa main droite se soul&#232;ve et dans cette danse voluptueuse, elle soul&#232;ve son &#233;paule pour remonter sa robe et cacher son sein... chaque partie de son corps se met &#224; bouger l'une apr&#232;s l'autre.. son corps r&#233;veill&#233;, elle se l&#232;ve, me fait une r&#233;v&#233;rence, me dit &#171; &#224; demain &#187; et s'en va avec une prestance toujours plus affirm&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon tour, les membres de mon propre corps se r&#233;veillent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille Suze&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;En atelier avec C&#233;cile Portier Le Louvre, 6 janvier 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; partir de : Portrait d'une n&#233;gresse (salon de 1800) H. : 0,81 m. ; L. : 0,65 m. Marie-Guillemine Benoist (1768-1826)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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