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	<title>&#192; Louvre Ouvert</title>
	<link>https://relire.net/louvre-ouvert/</link>
	<description>Avec une excursion au Grand Palais : Bill Viola. Se rep&#233;rer dans le Mus&#233;e.</description>
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		<title>La peau, ce d&#233;tail</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/La-peau-ce-detail</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>


		<dc:subject>Pavillon Sully</dc:subject>
		<dc:subject>Marie-Guillemine Benoit</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Didi-Huberman</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;onora Miano</dc:subject>
		<dc:subject>Balzac</dc:subject>
		<dc:subject>Franz Fanon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Retour sur les pistes d'&#233;criture propos&#233;es &#224; partir du tableau de Marie Guillemine Benoit, Portrait d'une femme noire&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Que-faire-de-la-peau" rel="directory"&gt;Que faire de la peau ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Pavillon-Sully" rel="tag"&gt;Pavillon Sully&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Marie-Guillemine-Benoit" rel="tag"&gt;Marie-Guillemine Benoit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Georges-Didi-Huberman" rel="tag"&gt;Georges Didi-Huberman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Leonora-Miano" rel="tag"&gt;L&#233;onora Miano&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Balzac" rel="tag"&gt;Balzac&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Franz-Fanon" rel="tag"&gt;Franz Fanon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton154.jpg?1458312297' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'ordre des repr&#233;sentations, la peau est toujours un probl&#232;me. Est encore un probl&#232;me. La peau, sous-entendu, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/250216/l-etat-justifie-les-controles-au-facies&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa couleur&lt;/a&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une chose qu'on entend, je l'ai entendu, qu'il est plus difficile d'avoir une fiabilit&#233; des photographies d'identit&#233;, pour des personnes qui ont la peau noire (et le soup&#231;on alors, de la falsification, qui en d&#233;coule, comme &lt;i&gt;naturellement&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En peinture, il y eu longtemps comme une sorte d'impens&#233;, dirait-on : on parlait des d&#233;fis que repr&#233;sentait la peau &#224; peindre, mais on parlait toujours de la peau blanche. Il suffit de lire ce passage du &lt;i&gt; Chef d'&#339;uvre inconnu &lt;/i&gt; de Balzac, sur le d&#233;fi que repr&#233;sente le rendu de la couleur de la chair :&lt;i&gt;&#034;J'ai &#233;bauch&#233; ma figure dans un ton clair avec une p&#226;te souple et nourrie, car l'ombre n'est qu'un accident, retiens cela, petit. Puis je suis revenu sur mon &#339;uvre, et au moyen de demi-teintes et de glacis dont je diminuais de plus en plus la transparence, j'ai rendu les ombres les plus vigoureuses et jusqu'aux noirs les plus fouill&#233;s ; car les ombres des peintres ordinaires sont d'une autre nature que leurs tons &#233;clair&#233;s ; c'est du bois, de l'airain, c'est tout ce que vous voudrez, except&#233; de la chair dans l'ombre. On sent que si leur figure changeait de position, les places ombr&#233;es ne se nettoieraient pas et ne deviendraient pas lumineuses. J'ai &#233;vit&#233; ce d&#233;faut o&#249; beaucoup d'entre les plus illustres sont tomb&#233;s, et chez moi la blancheur se r&#233;v&#232;le sous l'opacit&#233; de l'ombre la plus soutenue ! &#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, la repr&#233;sentation de la peau noire, en art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y eu bien ce tr&#232;s beau et triste portrait de Catherine, femme africaine (domestique) par D&#252;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses yeux baiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/portrait-of-african-woman-catherine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/portrait-of-african-woman-catherine.jpg?1456479352' width='500' height='714' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les yeux de la femme noire peinte par &lt;a href=&#034;http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=759&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marie-Guillemine Benoit&lt;/a&gt; nous regardent, regardent celle qui la peint, et c'est ce qui change. C'est ce qui change &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;, pas seulement le fait de faire poser une domestique noire comme si c'&#233;tait Madame R&#233;camier, sur un fauteuil de velours. Pas seulement le fait de doter cette femme magnifique des attributs d'une nouvelle Marianne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce regard pos&#233; nait un espoir : deux subjectivit&#233;s sont l'une en face de l'autre, elles se reconnaissent. De ce regard pos&#233; naissent des suppositions : que s'est-il pass&#233;, pendant les temps de pose, entre la peintre et son mod&#232;le ? Des paroles ont-elles &#233;t&#233; &#233;chang&#233;es ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce texte de Franz Fanon dans &lt;i&gt;Peau noire, masques blancs&lt;/i&gt; (1952) rappelle l'impossibilit&#233; de fictionnaliser un dialogue : faire passer l'&#233;change par la langue viendrait &#224; nier ce qui possiblement, dans ce regard, s'&#233;change d'humain sans consid&#233;ration de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034; Le probl&#232;me que nous envisageons dans ce chapitre est le suivant : le noir antillais sera d'autant plus blanc, c'est-&#224;-dire se rapprochera d'autant plus du v&#233;ritable homme, qu'il aura fait sienne la langue fran&#231;aise. Nous n'ignorons pas que c'est l&#224; l'une des attitudes de l'homme en face de l'Etre. Un homme qui poss&#232;de le langage poss&#232;de par contre le monde exprim&#233; et impliqu&#233; par ce langage. On voit o&#249; nous voulons en venir : il y a dans la possession du langage une extraordinaire puissance. Paul Val&#233;ry le savait qui faisait du langage &#034;le dieu dans sa chair &#233;gar&#233;&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour l'instant, nous voudrions montrer pourquoi le noir antillais quel qu'il soit, a toujours &#224; se situer en face du langage. Davantage, nous &#233;largissons le secteur de notre description, et par-del&#224; l'antillais, nous visons tout homme colonis&#233;. Tout peuple colonis&#233; -c'est-&#224;-dire tout peuple au sein duquel a pris naissance un complexe d'inf&#233;riorit&#233;, du fait de la mise au tombeau de l'originalit&#233; culturelle locale- se situe vis-&#224;-vis du langage de la nation civilisatrice, c'est-&#224;-dire de la culture m&#233;tropolitaine. Le colonis&#233; se sera d'autant plus &#233;chapp&#233; de sa brousse qu'il aura fait siennes les valeurs culturelles de la m&#233;tropole. Il sera d'autant plus blanc qu'il aura rejet&#233; sa noirceur, sa brousse.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ces mots de L&#233;onora Miano dans &lt;i&gt;Les aubes &#233;carlates&lt;/i&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#034;Toi dont la conscience cherche &#224; songer l'intangible, tiens la r&#233;ponse &#224; tes questions : nous sommes l'absurde du quotidien. Nous sommes la haine du fr&#232;re, la haine de soi. Nous sommes l'impossibilit&#233;, l'entrave au jour qui vient. Nous en avons emprisonn&#233; les contours au creux de notre main immat&#233;rielle, et nous disons :&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il soit fait clair pour tous que le pass&#233; ignor&#233; confisque les lendemains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il soit fait clair pour tous qu'en l'absence du lien primordial avec nous, il n'y aura pas de passerelle vers le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il soit fait clair pour tous que la saign&#233;e ne s'est pas ass&#233;ch&#233;e en d&#233;pit des si&#232;cles et qu'elle hurle encore, de son tombeau inexistant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il soit fait clair pour tous que rien ne sera reconstruit, chez ceux qui n'assur&#232;rent pas notre tranquillit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne crains pas de comprendre, de rapporter notre propos. Nous sommes les cieux obscurcis qui s'&#233;paississent inlassablement, tant qu'on ne nous a pas fait droit.&#034; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait de revenir sur ce tableau comme sur un temps qui a du mal &#224; passer. Et se servir d'autre chose que le langage lui-m&#234;me pour nourrir la reconnaissance. Se servir du regard, par exemple, comme l'envisage, &#224; propos du silence et du t&#233;moignage, Georges Didi-Hubermann, dans &lt;i&gt;Le blanc souci de notre histoire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Regarder ne va pas de soi. D&#233;j&#224; parce que regarder va et vient. Il arrive, par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, que cela consiste &#224; garder deux fois. Non pas garder simplement, unilat&#233;ralement, garder au sens du ge&#244;lier qui surveille, qui garde et, de temps en temps, regarde par le trou de l'&#339;illeton son prisonnier pour s'assurer de sa cl&#244;ture hors du monde, de sa servitude. Mais plut&#244;t : garder deux fois &#8212; ou plus &#8212;, garder pour aimer, pour endurer, pour rapprocher et non tenir &#224; distance surveill&#233;e. Garder pour prendre soin et maintenir en vie. Garder au sens d'une m&#232;re qui prot&#232;ge son enfant envers et contre tout, le regarde de temps en temps, le veille pour mieux s'assurer de son ouverture au monde, de sa libert&#233;. Il arrive aussi que regarder consiste &#224; ne rien garder du tout. C'est, alors, accepter de perdre &#8212; ou, tout au moins, de ne pas maintenir, de ne pas saisir jusqu'au bout, de ne pas poss&#233;der &#8212; ce que l'on regarde, quand ce que l'on regarde se meut (papillon qui bat des ailes, nous &#233;chappe vers le lointain) ou quand notre propre regard se meut &#224; son tour (j'accepte alors de renoncer au papillon et de laisser divaguer ma vision ailleurs, par exemple vers le lent mouvement des nuages derri&#232;re lui).&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, si je me r&#233;sume : une s&#233;ance de travail sur la question du regard, de la nudit&#233;, de l'opacit&#233; de celui/celle qui est regard&#233;(e) (qui est souvent f&#233;minis&#233;/colonis&#233; en tant qu'objet du regard). Et la question de l'effort du rendu, de comment cela se joue, dans l'&#233;chec n&#233;cessairement, mais dans une rencontre possible au-del&#224; de l'&#233;chec, pour celui qui, sinc&#232;rement, veut faire acte de description et de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc propos&#233; &#224; chacun d'&#233;lire un d&#233;tail du tableau. De s'y attacher comme dans le geste de peindre. De se poser des questions plastiques, techniques : le rendu de la lumi&#232;re sur le front de cette femme, le t&#233;ton dress&#233;, les petits picots autour, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &#224; &#233;crire, donc : un monologue de celle qui peint, qui se concentre sur une partie du tableau seulement, et revient r&#233;guli&#232;rement, n&#233;cessairement, sur le regard de celle qu'elle peint. Et des blancs (sic), assum&#233;s, qui seraient les &#034;r&#233;ponses&#034; non exprim&#233;es du mod&#232;le.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tu ne seras jamais atteint</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Tu-ne-seras-jamais-atteint</link>
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		<dc:date>2014-04-30T14:59:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Lecture au sein du tableau de Sassetta des textes produits lors de cet atelier&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Atelier-8-Sassetta" rel="directory"&gt;Atelier 8 (Sassetta)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton112.jpg?1399375757' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;br&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sous la peau des choses</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Sous-la-peau-des-choses</link>
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		<dc:date>2014-04-30T07:46:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>


		<dc:subject>Celle qui regarde</dc:subject>
		<dc:subject>Le boeuf &#233;corch&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Olivia Rosenthal</dc:subject>
		<dc:subject>Rembrandt</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Elle est seule devant ce monument de chair. Seule, contemplative, assise devant ce qui est &#224; la renverse. Elle semble un peu accabl&#233;e mais peut-&#234;tre est-ce la fatigue.Elle me laisse m'asseoir &#224; c&#244;t&#233; d'elle.Elle dit, c'est basique. C'est ce dont on a besoin pour se nourrir, et voil&#224; que c'est dans un cadre.Je r&#233;ponds, mais il y avait d&#233;j&#224; les natures mortes. Elle dit, mais ici tout est brutal (elle dit broutal, elle s'excuse pour son accent am&#233;ricain). Elle sait, nous savons, que ce qui nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Atelier-14-Toucher-l-oeuvre-par-les-autres" rel="directory"&gt;Atelier 14 (Toucher l'oeuvre par les autres)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Celle-qui-regarde" rel="tag"&gt;Celle qui regarde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Le-boeuf-ecorche" rel="tag"&gt;Le boeuf &#233;corch&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Olivia-Rosenthal" rel="tag"&gt;Olivia Rosenthal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Rembrandt" rel="tag"&gt;Rembrandt&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton110.jpg?1398844334' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle est seule devant ce monument de chair. Seule, contemplative, assise devant ce qui est &#224; la renverse. Elle semble un peu accabl&#233;e mais peut-&#234;tre est-ce la fatigue.Elle me laisse m'asseoir &#224; c&#244;t&#233; d'elle.Elle dit, c'est basique. C'est ce dont on a besoin pour se nourrir, et voil&#224; que c'est dans un cadre.Je r&#233;ponds, mais il y avait d&#233;j&#224; les natures mortes. Elle dit, mais ici tout est brutal (elle dit broutal, elle s'excuse pour son accent am&#233;ricain). &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle sait, nous savons, que ce qui nous est donn&#233; &#224; voir c'est ce qu'on nous cache d'habitude : tous les sales boulots n&#233;cessaires &#224; notre propre vie, tout ce qui, d&#233;pourvu d'un quelconque attrait d&#233;coratif, fait que nous puissions nous perp&#233;tuer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes assises ; devant ce monument de la peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lui demande, mais vous, personnellement, qu'est-ce qui vous touche dans cette &#339;uvre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle dit qu'elle est triste, qu'elle pense &#224; l'animal, a sacrifice, au crucifix.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne voit plus l'animal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lui dis que j'ai &#233;crit un texte sur la gestion du temps, qui joue avec cette expression, que nous employons aussi en anglais, la dead line. et que j'ai traduite en cette bizarrerie d'expression de ligne morte. Dans ce texte, j'&#233;cris &#224; un moment &#171; Mon avenir, c'est ma viande &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous regardons toutes les deux devant nous, devant cet avenir qui s'impose &#224; nous, toute cette viande &#233;tal&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle dit : en m&#234;me temps, c'est un sujet de peinture int&#233;ressant, c'est vallonn&#233;, c'est comme un paysage. Sauf que dans les paysages le bleu et le vert rivalisent, et qu'ici, tout est rouge. Ou noir. Je dis : c'est un tableau tr&#232;s sombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je viens pour parler de toucher, je me retrouve devant un &#233;corch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;cile Portier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le toucher, une question politique</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Le-toucher-une-question-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">http://relire.net/louvre-ouvert/Le-toucher-une-question-politique</guid>
		<dc:date>2014-04-30T07:38:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>


		<dc:subject>Johannes Vermeer</dc:subject>
		<dc:subject>L'Astronome </dc:subject>
		<dc:subject>celles qui touchent</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Toucher ce n'est pas qu'une question de peau. C'est cette mani&#232;re d'entrer en contact avec le monde par ce qui nous en prot&#232;ge, nous en s&#233;pare. C'est le seul sens qu'on peut exercer en le modulant, sans pour autant jamais pouvoir s'y d&#233;rober. Les oreilles on peut les boucher, laisser hurler le monde derri&#232;re ses mains plaqu&#233;es. Mais le toucher nous oblige ind&#233;finiment, le toucher est partout, l'air nous touche, une brise, un fort vent. Et dans le sommeil aussi, notre peau contre les draps. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Journaux-du-Louvre" rel="directory"&gt;Journaux du Louvre&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Johannes-Vermeer" rel="tag"&gt;Johannes Vermeer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/L-Astronome" rel="tag"&gt;L'Astronome &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/celles-qui-touchent" rel="tag"&gt;celles qui touchent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton109.jpg?1398843964' class='spip_logo spip_logo_right' width='131' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Toucher ce n'est pas qu'une question de peau. C'est cette mani&#232;re d'entrer en contact avec le monde par ce qui nous en prot&#232;ge, nous en s&#233;pare. C'est le seul sens qu'on peut exercer en le modulant, sans pour autant jamais pouvoir s'y d&#233;rober. Les oreilles on peut les boucher, laisser hurler le monde derri&#232;re ses mains plaqu&#233;es. Mais le toucher nous oblige ind&#233;finiment, le toucher est partout, l'air nous touche, une brise, un fort vent. Et dans le sommeil aussi, notre peau contre les draps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les yeux on peut les fermer, refuser de voir. Mais c'est soit tout soit rien, et entre les deux seulement l'entrefilet trouble d'une lumi&#232;re filtr&#233;e par les cils, dans laquelle toute forme s'&#233;vanouit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le toucher est toujours l&#224;, de partout, il est notre enveloppe m&#234;me, notre fronti&#232;re. Et comme toutes les fronti&#232;res, infiniment mouvante, instable et n&#233;gociable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du toucher on peut choisir la caresse, le coup, la pression de la paume sur une autre peau de l'effleurement jusqu'&#224; l'h&#233;matome, choisir si c'est au ventre ou au front, ou sur la pulpe des doigts qu'on re&#231;oit quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du toucher on ne sait pourtant jamais ce qui peut advenir, un coin de table basse dans le genou, un petit pois inexpugnable malgr&#233; toute les couches de matelas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes, par le toucher, seigneurs et vuln&#233;rables. Soumis et ma&#238;tres tout &#224; la fois, &#224; ces infinies nuances de pression, d'impression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le toucher nous oblige, bien au del&#224; de notre peau. Notre rapport aux autres est fait de ces m&#234;mes t&#226;tonnements. Notre pens&#233;e est tactile : longue &#233;tendue de zones plus ou moins sensibles, certaines irrit&#233;es, certaines &#233;rectiles, n'existant jamais seule, mais dans le rapport &#224; autre chose qu'elle m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il m'a sembl&#233; important d'explorer cette acception particuli&#232;re du sensible dans ce lieu d&#233;di&#233; au visuel, c'est pour contrer l'id&#233;e sous-jacente, implicite, que l'exp&#233;rience esth&#233;tique pourrait se vivre de la mani&#232;re plus d&#233;sengag&#233;e que nous permet la vision : nous sommes devant quelque chose, devant une &#339;uvre, devant les autres, nous regardons seulement, nous en tirons &#233;ventuellement du plaisir, mais nous pensons rester indemne, parce que toujours &#224; distance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, le risque que nous prenons &#224; regarder une &#339;uvre est bien celui d'&#234;tre touch&#233;. Et nous ne sommes jamais seuls au mus&#233;e. En tout cas pas au Louvre. Nous &#233;voluons parmi d'autres personnes sensibles, que nous ne regardons pas car nous sommes l&#224; pour regarder les &#339;uvres (ou alors, nous regardons leurs dos comme autant d'obstacles &#224; la vue des &#339;uvres). Nous ignorons comment eux sont touch&#233;s par ce qu'ils voient. Occultant cela, nous n'avons nous-m&#234;mes acc&#232;s qu'&#224; une faible part de nos &#233;motions, mises &#224; distance de nous-m&#234;mes du fait de notre isolement par rapport aux autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les institutions culturelles, on parle, on fait de la m&#233;diation. On sait comme c'est pr&#233;cieux et important, qu'une personne, et pas seulement son savoir, participe &#224; la rencontre de nous-m&#234;mes avec les &#339;uvres. Mais nous resterions comme... d&#233;sempar&#233;s, ou bien d&#233;saccord&#233;s, si nous d&#233;l&#233;guions aux seuls professionnels, conservateurs, m&#233;diateurs, cet art du lien, si nous renoncions &#224; notre propre part dans ce travail d'aller &#224; la rencontre des autres dans notre rapport aux &#339;uvres. Nous avons cette libert&#233;, qu'il nous faut exercer, de ne pas nous en tenir seulement &#224; ce qui nous est propos&#233;, comme discours, comme chemin, comme mani&#232;re de toucher et d'&#234;tre touch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc propos&#233;, pour ce troisi&#232;me atelier, que chacun aille o&#249; bon lui semble dans le mus&#233;e, qu'il aille au devant des &#339;uvres et des gens, qu'il prenne le risque de s'adresser &#224; l'un d'eux qu'il ne connait pas, qui visite, qui regarde, pour lui poser cette question, si personnelle, de savoir ce qui, devant telle ou telle &#339;uvre, le touche. Et de cette rencontre, faire un texte. (En perspective, le livre, Ils ne sont pour rien dans mes larmes, o&#249; Olivia Rosenthal &#233;crit un texte on ne peut plus personnel &#224; partir d'entretiens qu'elle a men&#233; avec plusieurs personnes sur le film qui a chang&#233; leur vie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous nous sommes retrouv&#233;s &#224; la fin de nos p&#233;r&#233;grinations dans les diff&#233;rentes salles du Louvre, nous nous sommes racont&#233;s nos t&#226;tonnements pour aborder les gens, nos &#233;changes, nos surprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une de nous raconte son choix de demander &#224; une surveillante quel est le tableau qui la touche le plus dans la salle qu'elle garde. La surveillante a r&#233;pond : l'astronome de Vermeer, &#034;parce que c'est beau&#034;. Alors, d&#233;placement devant le tableau, o&#249; deux &#233;tudiantes le regardent. Les interroger. Les &#233;tudiantes disent qu'elles sont venues voir le tableau car on leur a appris en cours que c'&#233;tait le pr&#233;f&#233;r&#233; d'Hitler. (Il fit partie, d'ailleurs, de la spoliation de la collection Rotschild). Et plus loin, retrouver un habitu&#233; du Louvre avec qui une premi&#232;re conversation s'&#233;tait engag&#233;e, et lui raconter cela. L'habitu&#233; de r&#233;pondre, comme si c'&#233;tait une fatalit&#233;, ah oui, c'est vrai qu'il &#233;tait peintre, avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je retiens de ce r&#233;cit, c'est l'&#233;motion de celle qui a v&#233;cu ces rencontres. &#201;motion si forte qu'&#224; un moment elle a &#233;t&#233; oblig&#233;e de s'arr&#234;ter de parler. Elle s'est reprise, a dit, ce que je ne supporte pas c'est de penser qu'il a eu des &#233;motions esth&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;motion indique pour moi une impossibilit&#233; &#224; penser, une contradiction impossible &#224; r&#233;soudre, et &#224; laquelle nous sommes tous confront&#233;s. Nous faisons cette exp&#233;rience, que l'art peut nous toucher si fortement, qu'il nous fait nous reconnaitre mutuellement, dans toute notre alt&#233;rit&#233;, dans toute notre fraternit&#233;. Et nous savons en m&#234;me temps que l'art n'est r&#233;dempteur de rien, que peuvent &#234;tre touch&#233;s pareillement par une &#339;uvre ceux qui par leurs actes ont le plus ni&#233; la possibilit&#233; d'une humanit&#233; commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction est impossible &#224; r&#233;soudre, elle est au c&#339;ur m&#234;me de ce que nous avons &#224; vivre. Nous aurions tort de la ranger trop vite dans le placard des &#233;vidences, nous aurions tort de l'oublier pour passer &#224; autre chose. Car &#224; quoi pourrions nous passer de f&#233;cond si nous aplatissons cela sous le trop bien connu ? &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il n'y avait pas eu cette circulation des paroles et des sens entre des personnes rencontr&#233;es au hasard, si l'information concernant les rapport d'Hitler &#224; ce tableau avait &#233;t&#233; donn&#233;e en cartel ou en parole d&#233;livr&#233;e par un &#034;sachant&#034;, s'il n'y avait pas eu ce court-circuit entre la parole humble de la gardienne, ce &#034;parce que c'est beau&#034;, et le go&#251;t d'Hitler, le scandale aurait &#233;t&#233; moins grand. Nous aurions su, nous n'en aurions tir&#233; aucune rage, et peu de lucidit&#233;. Nous serions rest&#233;s cliv&#233;s entre notre d&#233;lectation esth&#233;tique, notre connaissance historique, nous n'aurions pas compris que l'&#233;motion est avant tout une question politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;voir &lt;a href=&#034;http://relire.net/louvre-ouvert/spip.php?rubrique19&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; les textes produits par les participants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sensible, sans cible</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Sensible-sans-cible</link>
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		<dc:date>2014-03-28T14:36:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>


		<dc:subject>quelqu'un crie</dc:subject>
		<dc:subject>Sassetta</dc:subject>
		<dc:subject>Le bienheureux Ranieri d&#233;livre les pauvres d'une prison de Florence</dc:subject>
		<dc:subject>Henri Michaux</dc:subject>
		<dc:subject>Fra Bartolomeo</dc:subject>
		<dc:subject>Carlo Brascesco</dc:subject>
		<dc:subject>Giotto di Bondone</dc:subject>
		<dc:subject>Noli me tangere</dc:subject>
		<dc:subject>L'annonciation</dc:subject>
		<dc:subject>La stigmatisation de Saint-Fran&#231;ois </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Retour sur le second atelier d'&#233;criture propos&#233; par C&#233;cile Portier&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Journaux-du-Louvre" rel="directory"&gt;Journaux du Louvre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Sassetta" rel="tag"&gt;Sassetta&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Henri-Michaux" rel="tag"&gt;Henri Michaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/Fra-Bartolomeo" rel="tag"&gt;Fra Bartolomeo&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://relire.net/louvre-ouvert/La-stigmatisation-de-Saint-Francois" rel="tag"&gt;La stigmatisation de Saint-Fran&#231;ois &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton89.jpg?1397167263' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lors de la &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/Avec-les-yeux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premi&#232;re s&#233;ance&lt;/a&gt; nous avions travaill&#233; la question du toucher. Plus exactement, le d&#233;fi de toucher sans la peau, de r&#233;investir le sensible tel qu'il s'exerce dans la caresse, quand celle-ci n'a pas lieu. Et consid&#233;rer que ce non lieu est le lieu d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions fait cela, apposer de l'&#233;criture comme si c'&#233;tait notre propre main, sur des corps, des corps que par d&#233;finition nous laisserions de marbre. Et l'impossible ne nous avait pas d&#233;courag&#233;s. Car nous qui &#233;crivions, nous &#233;tions vivants, nous nous exercions &#224; penser nos caresses d'&#233;criture pour les vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, c'&#233;tait bien, devant nous, des corps de marbre. Des sculptures, n&#233;es d'un travail particulier de la mati&#232;re, un travail de renoncement pourrait-on dire. Ce qu'on enl&#232;ve &#224; un bloc plein, ce qu'on soustrait, voil&#224; ce qui donne forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Et j'aimais particuli&#232;rement cette aisselle, et la coupelle qui lui faisait &#233;cho, comme manifestation de ce travail d'&#233;videment).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_84 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/vide_louvre_aisselle.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/vide_louvre_aisselle.jpg?1397167605' width='500' height='726' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or, &#233;crire aussi est une abstraction, on prend la mati&#232;re de ce qu'on vit, on en enl&#232;ve pour faire une forme. Ce qui est tu, voila ce qui fait la forme .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de l'abstraction et du vide, quel rapport a t-elle avec celle, sensible, charnelle, de se savoir tactile ? Le rapport, c'est le constat que nous vivons s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes, par la conscience, s&#233;par&#233;s les uns des autres, s&#233;par&#233;s de nous-m&#234;mes et du monde. Entre, se d&#233;ploie l'infinie disponibilit&#233; du vide, comme un possible qui ne r&#233;pondrait jamais - un espace pour la pens&#233;e. Un espace pour la pens&#233;e en tant qu'elle serait &#224; la fois la r&#233;solution et l'&#233;chec de notre besoin d'&#234;tre unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et la pens&#233;e ne suffit pas, la pens&#233;e s'exprime en langue. La langue est la capacit&#233;, ancr&#233;e dans la chair, &#224; articuler des signes visibles ou des sons avec du sens. La langue est l'instauration d'un rapport sensible entre des &#234;tres tellement s&#233;par&#233;s les uns des autres qu'ils peuvent ne pas du tout se conna&#238;tre, et &#234;tre pourtant r&#233;ciproquement touch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, pour parler de notre condition, humaine. Mais qu'en est-il de notre conditionnement social, ou pour le dire autrement, de civilisation, mais aussi d'&#233;poque ? Quelle strat&#233;gie de langue pouvons nous d&#233;ployer pour devoyer les m&#233;canismes &#224; l'oeuvre aujourd'hui qui nous maintiennent encore plus s&#233;par&#233;s les uns des autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces questions qui me travaillent en ce moment, dans ma vie d'&#233;criture, dans ma vie tout court. J'y ai apport&#233; souvent de mauvaises r&#233;ponses. Mais je ne peux pas penser que la question soit mauvaise pour autant. Et surtout, je ne peux pas travailler, dans cet espace d'atelier d'&#233;criture, d'autres questions que celles qui me travaillent personnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, j'ai propos&#233; aux participants un parcours en quatre tableaux, le dernier devant servir de support d'&#233;criture, en ayant en t&#234;te les trois premiers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_87 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/noli_me_tangere.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/noli_me_tangere.jpg?1397167514' width='500' height='642' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Premier tableau : ce Noli me tangere de Fra Bartolomeo. Une mise en sc&#232;ne de la mise &#224; distance. Mise &#224; distance renforc&#233;e par les dispositifs mus&#233;ographiques : cordelette interdisant de trop se rapprocher du tableau, vitre pos&#233;e devant la peinture, dans laquelle on se voit r&#233;fl&#233;chi (dans les deux sens du terme). Bien s&#251;r il y a dans ce tableau, dans l'&#233;pisode de l'apparition du Christ &#224; Marie-Madeleine tel qu'il fut longtemps interpr&#233;t&#233; par l'&#233;glise, toute la mise en oeuvre de la disjonction entre voir et toucher, l'id&#233;e que la r&#233;v&#233;lation ne peut advenir par la chair, impure. Corps de Marie-Madeleine, touch&#233;, touchant, vs corps de lumi&#232;re du Christ, qu'on ne peut qu'admirer. Et comment nous avons bascul&#233; dans un r&#233;gime du voir tout puissant, dont le Louvre serait un des temples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des d&#233;tails disent autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre J&#233;sus et Marie-madeleine, &#224; leurs pieds, est pos&#233;e une urne. Quelque chose d'&#233;vid&#233; , con&#231;u pour recevoir, contenir. Que contient-elle ? Du baume ? Elle contient en tout cas notre pens&#233;e qui s'y engouffre, comme dans tout vide laiss&#233;. Elle contient possiblement une pens&#233;e, une pens&#233;e qui soit du baume, qui puisse soulager la tristesse du renoncement, consoler de cette n&#233;cessit&#233; : ne pas chercher &#224; retenir ce qu'on aime, au risque sinon de substituer la consommation &#224; l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_88 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L374xH551/dsc_1079-1-1-bfdc3.jpg?1397204599' width='374' height='551' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me d&#233;tail, la main de Marie Madeleine. L'effet de perspective fait que, m&#234;me si nous savons qu'elle ne le touche pas, sur la peinture le bout de ses doigts est en contact avec la manche du Christ.. Du point de vue de la peinture ils sont sur la m&#234;me surface, du point de vue de l'histoire ils sont s&#233;par&#233;s, car ils ne sont pas sur le m&#234;me plan. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux d&#233;tails me font penser cela, que le vide entre nous peut &#234;tre investi d'une pens&#233;e, autre que la conscience de notre solitude, de notre finitude, et qui puisse nous unir sans nous retenir. Cette pens&#233;e n'est ni magique, ni religieuse. Elle est po&#233;tique, elle est politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_86 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L492xH666/annonciation-ed8a5.jpg?1397204599' width='492' height='666' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me tableau : l'Annonciation de Carlo Bracesco. Mise en pr&#233;sence de Marie avec l'Ange, une nu&#233;e grise et oblique cherche &#224; atteindre la Vierge. On dirait un r&#233;acteur. Pour quelle r&#233;action ? Sur le visage de Marie, jusque-l&#224; intouch&#233;e, on lit une peur, une tr&#232;s grande peur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_85 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/giotto_franc_ois1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L432xH800/giotto_franc_ois1-c6b7e.jpg?1397204599' width='432' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me tableau : la stigmatisation de Saint-Fran&#231;ois d'Assise par Giotto di Bondone.. Une perspective en vertige. Une sorte d'&#233;criture &#224; m&#234;me la chair, mais en wifi. La souffrance et l'inscription pour nous avertir de cela : si tu ne re&#231;ois pas la parole dans ta chair m&#234;me, tu ne re&#231;ois rien (et ceci non plus n'est pas &#224; entendre dans un sens religieux).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_83 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/sassetta_-_the_blessed_ranieri_frees_the_poors_from_a_jail_florence_-_louvre.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/jpg/sassetta_-_the_blessed_ranieri_frees_the_poors_from_a_jail_florence_-_louvre.jpg?1397167602' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivions au tableau final, dont j'avais demand&#233; qu'on cache le cartel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux participants, j'ai fait lire le texte d'&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article644&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Henri Michaux, L'&#233;poque des illumin&#233;s&lt;/a&gt;. Et je leur ai ensuite demand&#233; d'&#233;crire sur ce tableau, en pensant aux trois autres vus avant o&#249; se manifeste, en peinture, l'invisible, l'invisible pens&#233;e aux pouvoirs si effectifs. Je leur ai demand&#233; aussi d'avoir en t&#234;te le ton de v&#233;h&#233;mence proph&#233;tique de Michaux, et sa tr&#232;s grande force de lib&#233;ration, qui n'est jamais &#224; confondre avec l'espoir. Je leur ai prononc&#233; aussi ce mot de panique. Et j'ai dit cela aussi, que je venais d'apprendre que le mot &#233;motion n'a pas toujours qualifi&#233; seulement nos affects intimes, qu'il a d&#233;sign&#233; aussi, longtemps, les mouvements collectifs, les &#233;meutes. Je leur ai demand&#233; enfin, de ne pas se faire prendre au pi&#232;ge du magique, du religieux, de l'anciennet&#233; du contexte dans lequel le tableau a &#233;t&#233; peint. Leur ai demand&#233; d'&#233;crire un texte qui ait un pouvoir effectif sur eux aujourd'hui, sur nous aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'ils &#233;crivaient j'avais peur un peu de les avoir &#233;gar&#233;s. Je ne savais tellement pas moi-m&#234;me vers o&#249; je les avais embarqu&#233;. J'avais pris des risques, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il faut maintenant que je dise cela, que je me donne &#224; moi-m&#234;me des &#233;nigmes, et que je n'ai que cela &#224; partager. )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'ils &#233;crivaient j'ai regard&#233; cette image si concordante avec le personnage du Saint, du messager volant immobile dans le ciel. Je leur ai montr&#233; cette image ( Astro le petit robot -mani&#232;re de d&#233;sacraliser).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'ils &#233;crivaient j'ai regard&#233; mieux encore le tableau, gr&#226;ce &#224; nos &#233;changes. J'ai vu le ciel en or, le ciel en feu. J'ai mieux vu l'immensit&#233; des murs peints, le gigantesque bloc abstrait mangeant plus de la moiti&#233; du tableau. Minimal monument qui ob&#232;re tout. Tant de blanc nous entoure, nous bouche. Et ce n'est pas par la porte qu'on pourra s'enfuir, il faudra organiser des perc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'ils &#233;crivaient je me suis repos&#233; cette question : mais de quoi sommes nous prisonniers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait temps que je d&#233;couvre le titre du tableau, peint par Sasseta : Le bienheureux Ranieri d&#233;livre les pauvres d'une prison. Et pourquoi &#233;taient-ils enferm&#233;s ces pauvres gens ? Parce qu'ils avaient des dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nos dettes nous enferment. Pas seulement celles d'argent. Toutes les sortes d'impuissance que nous avons &#224; nous rendre quitte de notre pass&#233;. De notre pass&#233; individuel, mais aussi collectif. Car, comment construire l'avenir si nous sommes submerg&#233;s de dettes &#224; rembourser, dont les int&#233;r&#234;ts grossissent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui peut nous en lib&#233;rer, c'est une parole qui n'a pas peur du vide entre nous. Une parole effective, c'est &#224; dire po&#233;tique, politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais peur quand ils &#233;crivaient de les avoir &#233;gar&#233;s. De les avoir tellement entra&#238;n&#233; dans mes propres questions qui sont des &#233;nigmes &#224; moi-m&#234;me aussi, que de cela ils ne pourraient rien en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ils ont lu leurs textes. Et j'ai &#233;t&#233; boulevers&#233;e de voir &#224; quel point ils avaient pu &#233;crire pour eux-m&#234;mes et pour nous tous des textes puissants. Des textes pour maintenant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Avec les yeux</title>
		<link>http://relire.net/louvre-ouvert/Avec-les-yeux</link>
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		<dc:date>2014-01-18T08:08:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Portier</dc:creator>


		<dc:subject>Guiseppe Penone</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;gine D&#233;tambel</dc:subject>
		<dc:subject>Salle des Caryatides</dc:subject>
		<dc:subject>Aphrodite accroupie</dc:subject>
		<dc:subject>celles qui touchent</dc:subject>
		<dc:subject>celles qui enlacent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au mus&#233;e on &lt;i&gt;touche seulement avec les&lt;/i&gt; yeux. C'est ce qu'on dit, comme dans les p&#226;tisseries.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/logo/arton20.jpg?1397167290' class='spip_logo spip_logo_right' width='143' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au mus&#233;e on &lt;i&gt;touche seulement avec les&lt;/i&gt; yeux. C'est ce qu'on dit, comme dans les p&#226;tisseries. Cette expression m'interpelle, &#224; cause de cet adverbe, seulement, qui classe le regard comme une autre mani&#232;re de toucher, une moindre mani&#232;re de toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; cette expression de &#171; regard tactile &#187;. &#192; cette exp&#233;rience que nous avons tous fait, de regarder quelqu'un de dos, et qu'il se retourne, comme si r&#233;ellement il avait senti quelque chose. Nous nous sommes tous retourn&#233;s aussi, sous la pression d'un regard pos&#233; sur nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard tactile, c'est le nom d'un livre de Guiseppe Penone. C'est tr&#232;s parlant que ce soit un sculpteur qui ait &#233;prouv&#233; le besoin d'employer cette expression. Le regard non seulement touche mais il transforme, mod&#232;le la mati&#232;re m&#234;me de ce qu'il fait appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/local/cache-vignettes/L447xH366/Penone1-b087ecf9-25f32.jpg?1760436689' alt='' width='447' height='366' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Guiseppe Penone a r&#233;alis&#233; cette oeuvre, &lt;i&gt;Il continuera sa croissance sauf &#224; cet endroit&lt;/i&gt;. Il est venu accrocher, au tronc d'un arbre, sa main, plus exactement son truchement, sa main moul&#233;e, en bronze. Sa main d'artiste en quelque sorte, celle qui saura tenir longtemps. Ensuite il laisse le temps jouer. L'arbre croit, par sa p&#233;riph&#233;rie. Il croit de partout, sauf &#224; cet endroit de la strangulation, de l'&#233;treinte, que Penone a impos&#233; &#224; l'arbre pour lui donner une autre forme (forme qui n'est jamais que le souvenir, la trace d'un geste de toucher qui, par l'intervention de sa main d'artiste, dure longtemps).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous donne t-il avec cette oeuvre ? Il nous met en pr&#233;sence d'un geste. Un geste qui est &#224; la fois de d&#233;vouement (il donne quand m&#234;me sa main !), et de pr&#233;dation. En tout cas, d'alt&#233;ration. Alt&#233;rer pour faire appara&#238;tre. Sans ce geste qui vient contrarier en partie la croissance de l'arbre, on prendrait l'arbre pour une chose, pos&#233;e dans le monde, statique. Sauf &#224; le d&#233;couper on ne verrait pas comme il bouge. On ne verrait que sa forme et non pas son mouvement. On oublierait que la forme de l'arbre, la forme de tout &#234;tre, est un devenir. Ce geste d'&#233;treindre nous donne aussi &#224; voir, dans le temps, la r&#233;ciprocit&#233; de tout contact. Car la main attrape l'arbre, mais l'arbre, plus longuement, r&#233;ussira &#224; engloutir la main, si bien qu'&#224; la fin on ne saura plus qui ench&#226;sse l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Touchons-nous mutuellement pour nous sentir grandir.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis cela aussi qui est important : c'est la main de l'artiste qui serre, et pourtant ce n'est pas sa main. Ce qui est &#224; l'oeuvre c'est une sorte d'implication m&#233;diatis&#233;e, qui est une fiction, non pas dans le sens que ce serait faux, mais dans le sens que c'est un geste pens&#233;, et donc plus intense que ces gestes que nous faisons machinalement pour vivre et nous mouvoir (la fiction, l'art, ce sont les gestes que nous faisons pour nous &#233;mouvoir &#8211; faire ces mouvements qui nous font devenir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est un d&#233;tour. Un d&#233;tour pour revenir au mus&#233;e, interroger cette injonction qui nous est tacitement faite de toucher seulement avec les yeux. Cette premi&#232;re s&#233;ance d'atelier j'ai voulu qu'elle ait lieu dans la salle des sculptures dite des caryatides, pour le d&#233;sir fort qui m'avait pris un jour dans cette salle, &#224; regarder les corps expos&#233;s, de les toucher. Toucher, pas s'emparer. Toucher comme caresser. Toucher finalement, tr&#232;s diff&#233;remment d'en p&#226;tisserie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce que &#231;a bien vouloir dire, cette id&#233;e de toucher des formes, quand la mati&#232;re n'est pas celle que la forme promet ? La chair s'est absent&#233;e. Et les marbres qu'on peut admirer au Louvre dans cette salle magnifique ne sont eux-m&#234;mes que les copies, les t&#233;moignages d'autres, plus anciens, disparus.&lt;br class='autobr' /&gt;
On dirait que cette question me travaille beaucoup, cette question de savoir ce qui se transmet dans le temps et l'espace entre des corps absents, cette question de savoir comment r&#233;inventer une pr&#233;sence, pour aujourd'hui, qui sache se jouer de ce qui nous &#233;loigne les uns des autres, en faisant du langage un v&#233;hicule qui ne soit pas que d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(C'est comme si nous avions &#224; nous d&#233;-m&#233;duser, nous lib&#233;rer de ce qui nous p&#233;trifie, en r&#233;inventant un regard aimant)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/distant/jpg/IMG_3357-1024x10-1cd5246c.jpg?1397167615' alt='' width='500' height='500' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette salle il y a l'hermaphrodite endormi, &#224; l'ambigu&#239;t&#233; composite (dans son corps m&#234;me, mais aussi dans son apparat &#8211; le matelas de marbre, follement moelleux, sur laquelle repose le corps est l'oeuvre du Bernin, quand la statue elle-m&#234;me est du II&#232;me si&#232;cle apr&#232;s JC.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_24 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/distant/jpg/IMG_3340-1024x10-a757c029.jpg?1397167615' alt='' width='500' height='500' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a surtout, il y avait, car lors de l'atelier d'&#233;criture elle n'y &#233;tait pas (pr&#234;t&#233;e sans doute ? Toujours est-il que cette absence m'a fait sourire, tellement elle faisait &#233;cho &#224; mon projet) une Aphrodite accroupie, manquante en de nombreux endroits d'elle-m&#234;me. Et au dos de cette Aphrodite, une main. Une petite main d'Eros, vestige d'un contact ancien, toujours actif. Ou alors, manifestation du regard tactile. Le corps d'enfant qui prolongeait cette main n'y est plus. La main elle-m&#234;me est frapp&#233;e de fiction : la notice de l'oeuvre indique qu'il n'est pas certain que la statue originelle d'Aphrodite dont cette sculpture est la copie ait &#233;t&#233;, elle, ainsi accompagn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_25 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://relire.net/louvre-ouvert/IMG/distant/png/Main-979x1024-6f867617.png?1397167619' alt='' width='500' height='523' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette petite main d'Eros, j'en avais fait connaissance avant celle de Penone. Main de pr&#233;dation, de qu&#233;mande ou de protection ? Elle d&#233;finit, en tout cas, une &lt;i&gt;zone de sensibilit&#233;&lt;/i&gt;. Celle qui pr&#233;cis&#233;ment m'int&#233;resse dans l'acte d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma proposition d'&#233;criture, ce jour l&#224; fut celle-l&#224;. Que chacun &#233;lise une statue et un endroit pr&#233;cis du corps repr&#233;sent&#233;. Pas plus que la taille d'une paume. Et que chacun la touche avec les yeux, avec toute l'intensit&#233; qu'il est possible de mettre dans un geste pens&#233;, un geste d'&#233;motion. Qu'en un mot, chacun vienne poser sa main d'&#233;criture, cette fiction active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est un tr&#232;s ancien genre qui s'attache &#224; &#233;crire le corps par fragment &#224; glorifier, &#224; aimer. Nous avons r&#233;investi le genre du blason, comme l'a fait aussi R&#233;gine D&#233;tambel dans son tr&#232;s beau &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501188/blasons-d-un-corps-masculin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blasons d'un corps masculin&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. De ce livre, j'ai lu en s&#233;ance ce passage &#171; Un jour, il lui dit qu'elle aura beau le regarder, le d&#233;vorer, l'inspecter, le toiser, le mirer comme un &#339;uf et lui scruter les lobes d'oreille, lui sonder les orbites, elle ne le poss&#233;dera jamais tout entier et devra se contenter de ces petits larcins, ces parcelles, ce grappillage mesquin. Elle lui r&#233;pond qu'elle le regarde pour qu'il continue &#224; penser &#224; elle, qu'il ne disparaisse pas. Elle craint, s'il vieillissait maintenant, si, du jour au lendemain, il n'&#233;tait plus, de n'avoir pas su garder en m&#233;moire son aura, sa lumi&#232;re, sa couleur et tout ce qui &#233;mane de sa fa&#231;on de souffler et de porter ses v&#234;tements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre jour, elle dit : Je te picore comme un tableau qu'on ne peut pas sortir du mus&#233;e o&#249; il est si bien gard&#233;, et dont on veut pourtant se souvenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Mani&#232;re de dire, que si c'est bien un regard de d&#233;tail que je requiers, c'est pour d&#233;faire le travail des Erynies comme celui de M&#233;duse, c'est pour recollecter ce qui de nous s'&#233;parpille, par le temps, le mauvais temps &#8211; pens&#233;e pour les statues amput&#233;es, &#233;mouss&#233;es).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; d'abord sur &lt;a href=&#034;http://petiteracine.net/wordpress/2013/12/avec-les-yeux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://petiteracine.net/wordpress/2013/12/avec-les-yeux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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